Il suffit parfois d’une image pour reconnaître une scène entière de sa vie de parent. Une position improbable pour réussir à se reposer, un enfant qui nous suit jusque dans les toilettes, des bras qui se tendent pour un câlin… puis qui doivent se lever de plus en plus haut à mesure que l’enfant grandit.
C’est précisément ce que réussit Giselle Dekel. L’illustratrice transforme les petits moments, souvent invisibles, de la vie de famille en dessins minimalistes, drôles et terriblement justes.
Ces scènes minuscules que tous les parents connaissent
Le travail de Giselle Dekel ne cherche pas à représenter une parentalité parfaite. Il s’intéresse plutôt à tout ce qui se passe entre les grandes étapes : la fatigue, le linge, les moments de tendresse, les enfants qui grimpent sur leurs parents, l’absence totale d’intimité et ces situations tellement banales qu’on oublie parfois qu’elles constituent, elles aussi, les souvenirs d’une enfance.
Sur son site, l’artiste présente d’ailleurs sa collection consacrée à la parentalité comme des moments honnêtes, tirés de la vie réelle. On y trouve des œuvres aux titres déjà très parlants : Mom Hug Evolution, Mom VS Laundry, Peekaboo, Mother and Child ou encore Child Pose Forever.
La maternité sans mise en scène
Cette illustration résume particulièrement bien son travail. Une mère est assise aux toilettes avec son enfant contre elle. Ce n’est pas une scène spectaculaire. C’est même précisément l’inverse : un instant que des milliers de parents ont vécu et qui n’a, normalement, aucune raison de devenir une œuvre.
Et pourtant, c’est là que quelque chose se passe. L’intimité disparaît, mais laisse place à une autre forme d’intimité. Sur le moment, on rêve peut-être simplement d’aller aux toilettes seul. Quelques années plus tard, cette période paraît déjà incroyablement loin.
Des enfants qui grandissent, des gestes qui restent
Mom Hug Evolution est probablement l’une des images qui raconte le mieux cette idée. Au début, le parent s’accroupit pour accueillir son tout-petit. Puis il se redresse progressivement. Les bras montent. L’enfant grandit.
Le geste, lui, reste presque identique.
C’est simple, sans grand discours sur le temps qui passe, et c’est justement ce qui rend l’image si efficace. Parce qu’un jour, sans vraiment savoir quand cela s’est produit, l’enfant que l’on soulevait devient presque aussi grand que nous.
L’humour comme langage commun
Avant l’illustration, Giselle Dekel a étudié le design textile. Elle explique avoir ensuite trouvé son chemin vers l’illustration en expérimentant. Ses dessins mêlent aquarelle et travail numérique.
Interrogée sur son inspiration, elle évoquait les difficultés du quotidien auxquelles elle ajoute une touche d’humour. Elle dessine surtout des émotions et des humeurs, avec un plaisir particulier : découvrir que des personnes vivant à l’autre bout du monde se reconnaissent dans une même image.
C’est sans doute la raison pour laquelle ses dessins circulent autant : ils ne donnent pas de leçon sur la parentalité. Ils disent simplement : oui, chez moi aussi c’est comme ça.
La beauté du chaos ordinaire
On parle beaucoup des premières fois : le premier sourire, les premiers pas, le premier jour d’école. Beaucoup moins de toutes les dernières fois que l’on ne voit pas arriver.
La dernière fois qu’un enfant demande à être porté. La dernière fois qu’il vient s’installer sur nous pour dormir. La dernière fois qu’il nous appelle depuis son lit. La dernière fois qu’il trouve parfaitement normal de nous accompagner absolument partout.
Le travail de Giselle Dekel me touche justement pour cela : il transforme ces scènes minuscules en souvenirs avant même qu’elles aient disparu.
Découvrir Giselle Dekel
On peut retrouver ses illustrations, ses collections et ses tirages sur son site officiel, ainsi que son travail sur Instagram sous le compte @giselle_dekel.
Les illustrations reproduites dans cet article sont des œuvres de Giselle Dekel et restent la propriété de leur autrice. Elles sont créditées et renvoient à son travail original.