Et si les jouets préférés de nos enfants racontaient beaucoup plus que leurs goûts ? Pendant plusieurs années, le photographe italien Gabriele Galimberti a parcouru le monde pour photographier des enfants chez eux, entourés des objets avec lesquels ils aiment le plus jouer. Le résultat, Toy Stories, est une série aussi joyeuse que troublante, où quelques petites voitures, une montagne de peluches ou un unique jouet deviennent le portrait d’une enfance.
Un projet né presque par hasard
Tout commence en Toscane. Galimberti photographie la fille d’amis avec ses jouets et aime immédiatement ce que l’image raconte. Lorsqu’il part ensuite travailler autour du monde, il décide de reproduire cette idée dans les pays qu’il traverse : rencontrer un enfant, entrer dans son univers et le photographier avec ses jouets.
Le projet devient immense. Pour la première édition de Toy Stories: Photos of Children from Around the World and Their Favorite Things, le photographe voyage pendant environ 30 mois dans 58 pays. Le principe reste volontairement simple : l’enfant, son environnement quotidien et les objets auxquels il tient. Le photographe les organise souvent soigneusement dans l’image, parfois avec l’aide de l’enfant. Le Taipei Fine Arts Museum date la série originale de 2011 à 2014.
Des jouets, mais surtout des portraits d’enfance
Regarder les photographies les unes après les autres provoque un drôle d’effet. On commence par observer les jouets. Puis on regarde les chambres, les sols, les murs, les vêtements, l’espace disponible. Peu à peu, le décor devient presque aussi important que l’enfant.
Certains possèdent des dizaines de voitures, figurines, poupées ou jeux. D’autres n’ont que quelques objets. Dans l’une des histoires racontées par Galimberti, Maudy, en Zambie, joue notamment avec des lunettes trouvées près d’une route. Ailleurs, Taha, photographié près de Beyrouth, possède une petite voiture à laquelle il est extrêmement attaché.
Ces images donnent ainsi à voir des réalités économiques et géographiques très différentes sans qu’un tableau de chiffres soit nécessaire. Mais il faut résister à une lecture trop rapide : une photographie d’un enfant ne représente évidemment ni son pays, ni sa culture, ni son milieu social tout entier. Toy Stories est un travail documentaire et artistique, pas une étude scientifique représentative.
Ce qui change… et ce qui ne change presque jamais
C’est peut-être là que la série devient la plus touchante. Les objets changent énormément, mais le besoin de jouer, de collectionner, d’inventer des histoires et de montrer fièrement ce qui nous appartient traverse les images.
Galimberti raconte qu’il gagnait généralement la confiance des enfants en faisant quelque chose de très simple : jouer avec eux. Il leur montrait aussi les portraits d’autres enfants déjà rencontrés. La photographie devenait alors compréhensible sans avoir besoin de partager la même langue.
Et les jouets racontent souvent le monde adulte qui entoure l’enfant. Certains reproduisent un métier, une passion familiale, les transports que l’on voit quotidiennement ou les rôles sociaux observés autour de soi. Un jouet n’est jamais complètement isolé de la culture dans laquelle il arrive entre les mains d’un enfant.
Plus de jouets signifie-t-il mieux jouer ?
La série donne forcément envie de comparer. Pourtant, elle ne permet pas de conclure que les enfants qui possèdent peu de jouets seraient plus heureux, plus créatifs ou plus généreux, pas davantage que ceux qui en possèdent beaucoup seraient moins heureux. Ce serait transformer un projet photographique en démonstration scientifique qu’il n’est pas.
En revanche, les images posent une question passionnante aux parents : parmi tout ce que possède notre enfant, qu’est-ce qui compte réellement pour lui ?
Ce n’est pas nécessairement le jouet le plus cher, le plus récent ou celui que nous avions imaginé devenir son préféré. Les enfants investissent parfois énormément un objet banal, un morceau de tissu, une figurine abîmée ou une boîte transformée en vaisseau spatial. La valeur affective d’un jouet ne se lit pas sur son prix.
Une expérience toute simple à faire avec son enfant
Et si vous faisiez votre propre “Toy Story” ?
Proposez à votre enfant de choisir, seul, cinq objets ou jouets qu’il aime particulièrement. Ne suggérez rien et ne corrigez pas sa sélection. Disposez-les ensemble autour de lui, prenez une photo, puis demandez-lui simplement : « Pourquoi as-tu choisi celui-ci ? »
Ses réponses risquent d’être beaucoup plus intéressantes que la photo elle-même. Et gardez l’image : dans dix ans, elle racontera probablement une partie de son enfance que vous aurez oubliée.
Un livre pour regarder le monde à hauteur d’enfant
Le travail de Galimberti a donné naissance au livre Toy Stories. Une nouvelle édition française remaniée, Mes jouets préférés – Par des enfants du monde, publiée par Les Grandes Personnes, rassemble plus de dix ans de travail et des portraits réalisés dans une soixantaine de pays auprès d’enfants de 3 à 6 ans.
C’est peut-être la plus belle façon de regarder cette série : non comme un classement de ceux qui ont beaucoup et de ceux qui ont peu, mais comme une collection de petits mondes. Chacun a ses objets, ses règles, ses histoires. Et tous ont cette capacité très enfantine de transformer ce qui se trouve devant eux en quelque chose avec lequel jouer.
Sources
- Gabriele Galimberti — Toy Stories, site officiel
- Smithsonian Magazine — Children Around the World and Their Favorite Toys
- It’s Nice That — entretien autour de Toy Stories
- Taipei Fine Arts Museum — Toy Stories
- Les Grandes Personnes — Mes jouets préférés
- Publication Instagram à l’origine de cet article
FAQ
Qu’est-ce que Toy Stories ?
Toy Stories est une série photographique de Gabriele Galimberti montrant des enfants de différents pays chez eux, entourés de leurs jouets préférés.
Combien de pays Gabriele Galimberti a-t-il visités pour Toy Stories ?
La première grande version du projet est documentée comme ayant été réalisée au cours d’un voyage de 30 mois à travers 58 pays. Le travail s’est ensuite poursuivi et l’édition française récente évoque une soixantaine de pays.
Que cherche à montrer Toy Stories ?
Les portraits montrent à la fois l’attachement universel des enfants à leurs objets de jeu et la diversité des environnements sociaux, économiques et culturels dans lesquels ils grandissent. Il s’agit cependant d’un projet documentaire et artistique, et non d’une étude scientifique représentative.