« Arrêtez de vous chamailler ! » Une phrase familière. Pourtant, lorsque l'un des enfants frappe, humilie ou terrorise régulièrement l'autre, parler de rivalité peut masquer une véritable violence.
Dispute, agression ou maltraitance : où est la frontière ?
Se disputer une place sur le canapé, jalouser l'attention des parents, refuser de prêter un jouet : les conflits font partie de la vie familiale. Mais ils ne sont pas équivalents à des comportements destinés à blesser ou à contrôler.
Dans leur publication scientifique de 2025, Corinna Jenkins Tucker, Tanya Rouleau Whitworth et David Finkelhor proposent de distinguer les rivalités et conflits constructifs, les conflits destructeurs et la maltraitance fraternelle. Cette dernière se caractérise notamment par une violence physique ou émotionnelle répétée, un déséquilibre de pouvoir et des signes de préjudice ou d'intimidation. Il s'agit d'une classification proposée par les chercheurs, pas d'un outil de diagnostic à appliquer mécaniquement à chaque dispute.
Une violence plus fréquente qu'on ne l'imagine
Une étude américaine publiée dans Child Abuse & Neglect en 2013 s'est intéressée aux agressions physiques, psychologiques et aux atteintes aux biens commises entre enfants d'une même fratrie. Elle illustre l'ampleur du phénomène. Attention : ces données américaines mesurent un large ensemble de victimisations, et non uniquement les situations de maltraitance grave ; elles ne constituent pas une estimation de la prévalence actuelle en France.
« C'est son frère » : pourquoi minimise-t-on ?
Imaginons qu'un camarade empêche votre enfant de sortir, le menace ou le frappe. Il est probable que vous interveniez. Si le même comportement vient de son frère ou de sa sœur, la tentation de parler de « chamailleries » peut être plus forte. Pourtant, partager son domicile avec la personne qui nous intimide peut rendre la situation particulièrement difficile à éviter.
Les chercheurs de l'université du New Hampshire expliquent cette confusion entre rivalité et agression dans leur guide scientifique SAARA.
Quelles conséquences sur la santé mentale ?
Une étude publiée dans Pediatrics en 2013, reposant sur un échantillon américain de 3 599 enfants et adolescents, a observé une association entre les agressions fraternelles subies et une détresse psychologique accrue. Les agressions entre frères et sœurs et celles commises par les pairs présentaient chacune une association avec cette détresse. Une étude observationnelle ne permet toutefois pas, à elle seule, de démontrer une relation de cause à effet.
Une autre étude montre que les victimisations fraternelles et celles par les camarades peuvent aussi se cumuler.
Le climat familial joue-t-il un rôle ?
Les recherches identifient des associations entre certaines adversités familiales, l'exposition à la violence et les agressions entre enfants. Il serait toutefois réducteur de considérer chaque situation comme la conséquence d'un seul comportement parental. Le rôle des adultes est d'abord de prendre au sérieux ce que raconte l'enfant et de rétablir sa sécurité.
Comment savoir quand intervenir ?
Quelques questions peuvent aider : est-ce toujours le même enfant qui subit ? A-t-il peur de l'autre ? Les menaces, coups ou humiliations se répètent-ils ? Peut-il s'éloigner librement ? Existe-t-il une différence importante de force ou de pouvoir ?
Face à une agression, il importe de l'arrêter, de protéger l'enfant concerné et de l'écouter sans le rendre responsable des actes subis. Il ne faut pas imposer une réconciliation immédiate ni traiter une situation d'intimidation répétée comme une simple dispute entre deux enfants également responsables. En cas de danger ou de violence persistante, l'accompagnement par des professionnels est nécessaire.
Que dit la recherche sur les solutions ?
Une revue systématique de Tucker et Finkelhor n'avait identifié que cinq études distinctes portant sur des programmes destinés aux enfants d'âge scolaire. Les méthodes étant hétérogènes, les auteurs ne pouvaient pas réaliser de méta-analyse. Les recherches sur les interventions restent donc limitées .
Où demander de l'aide ?
En France, en cas de doute sur une situation de danger pour un enfant, le 119 – Allô Enfance en Danger est un service national gratuit. En cas de danger immédiat, contacter les secours.
Sources scientifiques
- Tucker, Whitworth & Finkelhor (2025), Clarifying labels, constructs, and definitions, Journal of Social and Personal Relationships.
- Tucker et al. (2013), Prevalence and correlates of sibling victimization types, Child Abuse & Neglect.
- Tucker et al. (2013), Association of sibling aggression with child and adolescent mental health, Pediatrics.
- Tucker et al. (2014), Sibling and peer victimization in childhood and adolescence, Child Abuse & Neglect.
- Tucker & Finkelhor (2017), The State of Interventions for Sibling Conflict and Aggression: A Systematic Review, Trauma, Violence, & Abuse.
- Tucker, Whitworth & Perkins (2025), Sibling Aggression and Abuse: Invisible and Widespread Public Health Problems, American Journal of Public Health.
- Article rédigé à l'aide de l'ia
FAQ : violences entre frères et sœurs
Est-il normal que des frères et sœurs se disputent ?
Oui, les désaccords sont fréquents. Mais les coups, menaces et humiliations ne doivent pas être banalisés.
Comment distinguer rivalité et maltraitance fraternelle ?
La répétition des violences, le déséquilibre de pouvoir, la peur et les préjudices subis sont des signes particulièrement importants.
Faut-il laisser les enfants régler leurs disputes seuls ?
Ils peuvent apprendre à négocier un désaccord sans danger. Face à des agressions, les adultes doivent intervenir et assurer leur sécurité.