Jouer à faire semblant a parfois l’air de ne servir à rien.
Un enfant transforme une boîte en caisse de supermarché. Une peluche devient malade. Un coussin devient une montagne. Une chaise devient un train. Un adulte reçoit une assiette invisible de pâtes invisibles, servies dans une dînette miniature.
Vu de l’extérieur, cela peut sembler très simple.
Mais dans la tête de l’enfant, il se passe énormément de choses.
Quand un enfant joue “à faire semblant”, il ne fait pas seulement travailler son imagination. Il apprend aussi à organiser une histoire, à tenir un rôle, à respecter une règle inventée, à attendre son tour, à ajuster son comportement et parfois à gérer sa frustration.
Autrement dit : le jeu symbolique peut devenir un vrai terrain d’entraînement pour l’autorégulation.
À retenir
Une étude récente menée auprès d’enfants d’âge préscolaire suggère que ce n’est pas seulement le fait de jouer “à faire semblant” qui compte, mais aussi la manière dont le jeu s’organise : scénario, rôles, règles, enchaînement des actions, interactions sociales. Plus le jeu est structuré et riche, plus il peut mobiliser des compétences proches de l’autorégulation comportementale.
Le jeu de faire semblant, c’est quoi exactement ?
Le jeu de faire semblant, aussi appelé jeu symbolique, apparaît progressivement dans la petite enfance.
L’enfant commence à utiliser un objet, une action ou un rôle pour représenter autre chose que la réalité immédiate.
Par exemple :
- il fait semblant de boire dans une tasse vide ;
- il donne à manger à une poupée ;
- il transforme un bâton en baguette magique ;
- il joue au docteur, au vétérinaire, à la maîtresse ou au marchand ;
- il invente une mission pour ses figurines ;
- il attribue des émotions ou des intentions à ses peluches.
Ce jeu est très important, parce qu’il permet à l’enfant de s’éloigner du réel immédiat pour créer un monde mental.
Et créer un monde mental, c’est déjà beaucoup.
Pourquoi faire semblant aide l’enfant à grandir
Quand un enfant joue à faire semblant, il doit souvent garder plusieurs informations en tête.
Dans le jeu, le coussin n’est plus un coussin : c’est une montagne. La cuillère n’est plus une cuillère : c’est un thermomètre. La chambre n’est plus une chambre : c’est un hôpital pour peluches.
Pour que le jeu fonctionne, l’enfant doit accepter cette règle imaginaire et s’y tenir, au moins quelques instants.
Cela mobilise plusieurs compétences :
- l’imagination ;
- le langage ;
- la mémoire ;
- la planification ;
- l’inhibition ;
- l’attention ;
- la compréhension des rôles sociaux ;
- la capacité à attendre son tour.
Un jeu de vétérinaire, par exemple, peut demander à l’enfant de suivre une séquence : accueillir l’animal, l’examiner, poser un diagnostic imaginaire, donner un traitement, rassurer le propriétaire, demander de payer.
Ce n’est pas juste “jouer au docteur”. C’est déjà organiser une petite histoire avec des règles.
Le mot MintyWendy
Un jeu n’a pas besoin d’être estampillé “éducatif” pour être profondément formateur. Parfois, une boîte en carton, trois peluches et une histoire compliquée travaillent beaucoup plus l’imagination qu’un jouet qui fait tout à la place de l’enfant.
Ce que montre la recherche récente
Une étude publiée en 2026 dans le Journal of Experimental Child Psychology s’est intéressée au jeu symbolique chez des enfants d’âge préscolaire.
Les chercheurs ont observé différentes dimensions du jeu : l’imagination, l’élaboration du scénario, l’organisation du jeu et les interactions sociales.
Le résultat le plus intéressant est que l’organisation du jeu de faire semblant était associée à une meilleure autorégulation comportementale.
Autrement dit, les enfants dont le jeu était mieux structuré — avec un scénario, des rôles, une logique d’action — semblaient aussi mieux mobiliser certaines compétences de contrôle comportemental.
Il faut rester prudent : l’étude montre une association, pas une preuve que le jeu symbolique provoque directement une meilleure autorégulation. Elle ne veut pas dire non plus qu’il faudrait transformer chaque jeu libre en exercice de développement cognitif.
Mais elle confirme une intuition forte : la richesse du jeu compte.
Faire semblant, c’est aussi apprendre à se contrôler
L’autorégulation, c’est la capacité à ajuster son comportement à une situation.
Pour un enfant, cela peut vouloir dire :
- attendre son tour ;
- ne pas interrompre tout de suite ;
- respecter une règle ;
- rester dans un rôle ;
- écouter l’idée de l’autre ;
- accepter qu’une histoire change ;
- inhiber une envie immédiate pour continuer le scénario.
Dans un jeu de restaurant, par exemple, l’enfant ne peut pas être à la fois le serveur, le client, le cuisinier et le livreur si les autres enfants veulent aussi jouer. Il doit négocier, attendre, répondre, s’adapter.
Dans un jeu de vétérinaire, il doit parfois accepter que la peluche soit “malade” avant d’être “guérie”.
Dans un jeu de voyage, il doit suivre un ordre : faire la valise, monter dans le train, donner le billet, arriver, dormir à l’hôtel.
Ces petites règles imaginaires entraînent de vraies compétences.
La complexité du scénario compte plus que le jouet lui-même
Ce qui est passionnant avec le jeu symbolique, c’est que l’objet de départ peut être très simple.
Un enfant peut jouer longtemps avec :
- des peluches ;
- des figurines ;
- des bouts de tissu ;
- une dînette ;
- des cartons ;
- des coussins ;
- des petits véhicules ;
- des animaux ;
- des déguisements ;
- des objets du quotidien.
L’enjeu n’est donc pas forcément d’acheter plus de jouets.
L’enjeu est plutôt de laisser à l’enfant des objets suffisamment ouverts pour qu’il puisse construire une histoire.
Un jouet très interactif peut être amusant, mais s’il décide tout — le bruit, la phrase, la réaction, le scénario — il laisse parfois moins de place à l’enfant.
À l’inverse, un jouet plus simple peut devenir un support d’invention beaucoup plus riche.
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Comment enrichir le jeu sans le diriger ?
La nuance est importante.
Il ne s’agit pas de transformer le jeu libre en activité dirigée par l’adulte. L’idée n’est pas de corriger l’enfant, de lui imposer un scénario ou de lui dire comment jouer “mieux”.
Mais on peut parfois ajouter une petite étincelle.
1. Introduire un problème
“Oh non, le train est bloqué.”
“Le restaurant n’a plus de pâtes.”
“Le chien a perdu son doudou.”
Un petit problème oblige l’enfant à trouver une solution.
2. Ajouter un nouveau personnage
Un client pressé, un bébé qui pleure, un dragon gentil, un voisin curieux : un nouveau personnage enrichit l’histoire.
3. Poser une question ouverte
“Qu’est-ce qui se passe maintenant ?”
“Comment on pourrait aider la peluche ?”
“Où va partir le bateau ?”
La question ouvre le jeu sans prendre le contrôle.
4. Proposer une mission
“Il faut préparer un pique-nique pour tous les animaux.”
“Le médecin doit soigner trois patients avant la nuit.”
“Le facteur doit trouver la bonne maison.”
5. Accepter que l’enfant parte ailleurs
Si vous proposez un scénario de restaurant et que l’enfant transforme soudain la cuisine en fusée, ce n’est pas raté. C’est le jeu.
Le but n’est pas de suivre votre idée. Le but est d’aider l’enfant à déployer la sienne.
Le piège à éviter
Vouloir rendre le jeu “utile” à tout prix. Si l’adulte dirige trop, pose trop de questions ou transforme tout en apprentissage, l’enfant peut perdre le plaisir du jeu. Le jeu symbolique fonctionne justement parce qu’il reste libre, drôle, parfois absurde et imparfait.
Et si mon enfant ne joue pas beaucoup à faire semblant ?
Tous les enfants ne jouent pas de la même manière.
Certains adorent inventer des mondes entiers. D’autres préfèrent construire, courir, dessiner, empiler, manipuler, observer ou jouer avec des règles très concrètes.
Il n’y a pas une seule bonne manière de jouer.
On peut toutefois faciliter le jeu symbolique en mettant à disposition quelques objets ouverts :
- une dînette ;
- quelques figurines ;
- des animaux ;
- des tissus ;
- des boîtes ;
- un vieux sac ;
- des accessoires de déguisement ;
- des peluches ;
- des cartons.
Et surtout, on peut laisser du temps. Beaucoup d’enfants ont besoin d’un petit flottement avant d’entrer dans le jeu.
Pourquoi ce sujet est aussi important à l’ère des écrans
Les écrans offrent souvent des histoires toutes faites.
Les personnages parlent, les décors sont prêts, l’action avance, la musique guide l’émotion.
Ce n’est pas forcément un problème en soi. Mais le jeu symbolique fait travailler autre chose : l’enfant doit créer lui-même la scène, les dialogues, les règles et les rebondissements.
Il ne consomme pas seulement une histoire. Il la fabrique.
Et fabriquer une histoire demande un effort mental très différent.
Conclusion : faire semblant, c’est très sérieux
Jouer à faire semblant n’est pas une perte de temps.
C’est une manière pour l’enfant d’explorer le monde, les rôles sociaux, les émotions, les règles, les conflits, les solutions et les relations.
C’est aussi un terrain discret pour apprendre à s’organiser, attendre, inhiber une impulsion, négocier et rester dans une histoire.
La bonne nouvelle, c’est que ce jeu ne demande pas grand-chose.
Une boîte en carton. Quelques peluches. Des tissus. Des figurines. Un coin de chambre. Un adulte qui accepte de boire un café invisible.
Et surtout, assez de liberté pour que l’enfant puisse inventer.
Parce qu’au fond, le meilleur jeu éducatif est parfois celui qui ne dit jamais qu’il l’est.
FAQ – Jeu de faire semblant et développement de l’enfant
À quel âge commence le jeu de faire semblant ?
Le jeu de faire semblant apparaît progressivement dans la petite enfance. Les premiers gestes symboliques peuvent arriver autour de la deuxième année, puis les scénarios deviennent plus riches avec le langage, l’imagination et les interactions sociales.
Pourquoi le jeu symbolique est-il important ?
Le jeu symbolique aide l’enfant à développer son langage, son imagination, sa compréhension des rôles sociaux, sa capacité à planifier, à attendre son tour et à ajuster son comportement.
Faut-il acheter des jouets spécifiques pour encourager le faire semblant ?
Pas forcément. Des objets simples et ouverts peuvent suffire : cartons, tissus, figurines, peluches, dînette, déguisements, coussins ou objets du quotidien.
Comment aider un enfant à enrichir son jeu sans le diriger ?
On peut poser une question ouverte, introduire un petit problème, ajouter un personnage ou proposer une mission, tout en laissant l’enfant décider de la suite.
Mon enfant ne joue pas beaucoup à faire semblant, est-ce inquiétant ?
Les enfants ont des styles de jeu différents. Certains préfèrent construire, courir, manipuler ou dessiner. En cas d’inquiétude persistante sur le langage, les interactions ou le développement global, mieux vaut en parler à un professionnel de santé.