Il y a des interviews qui racontent bien plus qu’un parcours de maman. Elles racontent aussi une culture, une manière de prendre soin, une vision du quotidien avec un bébé. En vivant sa maternité aux Pays-Bas, Léa n’a pas seulement changé de décor : elle a découvert une autre façon de penser la naissance, le post-partum et l’accompagnement des jeunes parents.

Car derrière l’image d’une parentalité néerlandaise plus simple et plus fluide, il y a aussi un vrai modèle social. Les Pays-Bas arrivent en tête du classement UNICEF 2025 sur le bien-être des enfants parmi 43 pays riches, mais cette réalité repose aussi sur des choix très concrets : une culture du temps partiel, des congés parentaux structurés et surtout un accompagnement post-partum que beaucoup de parents français regardent avec envie. Et c’est exactement ce que le témoignage de Léa permet de toucher du doigt.

Une maternité vécue entre deux cultures
Chez MintyWendy, on aime les récits qui déplacent un peu le regard. Pas pour idéaliser ailleurs. Pas pour dire que tout y est mieux. Mais pour comprendre ce que d’autres modèles familiaux rendent possible. Avec Léa, maman française installée à Den Bosch avec son compagnon néerlandais Djoerd, on entre dans une maternité à la fois tendre, concrète et profondément révélatrice de ce que les premiers jours avec un bébé peuvent devenir quand on entoure vraiment les parents.
Parce qu’au fond, la vraie question est peut-être là : que se passerait-il si l’on prenait enfin le post-partum au sérieux ?
Maman d’une petite Jolie, pourrais-tu nous présenter ta famille ?
Je suis Léa, française, avec mon compagnon Djoerd qui est néerlandais, nous habitons à Den Bosch une petite ville des Pays-Bas, et de notre amour est née Jolie en mars 2021.

Aux Pays-Bas, la naissance semble pensée comme un continuum
Quand on lit Léa, une chose frappe immédiatement : aux Pays-Bas, grossesse, accouchement et retour à la maison ne semblent pas être trois mondes séparés. Tout paraît plus fluide, plus relié, presque plus cohérent. Là où beaucoup de parents français ont parfois l’impression de passer d’un système médical très cadré à un retour à domicile plus solitaire, le modèle néerlandais donne le sentiment d’un passage accompagné.
Peux-tu nous raconter ton accouchement aux Pays-Bas ?
Ici, il est tout à fait normal d’accoucher à la maison, c’était notre choix aussi, avec notre sage-femme, on avait commandé ensemble la piscine d’accouchement, elle était installée dans notre chambre, et vers 30 SA on reçoit de la part de notre assurance maladie un colis avec le nécessaire pour l’accouchement et la première semaine de post-partum.
Malheureusement ma poche des eaux s’est rompue et je n’ai eu aucune contraction alors j’ai dû accoucher à l’hôpital, mais là encore, le plus physio possible, bien que déclenché (clampage tardif, heure d’or, peau à peau, mobilité…). Notre chambre était comme une suite avec une cuisine, possibilité de commander à la carte, tout est fait pour le bien-être des mamans. C’est très physio.
Dans ce récit, ce qui touche, c’est moins l’idée d’un accouchement “parfait” que celle d’un accouchement pensé avec la mère, autour d’elle, dans le respect de son rythme autant que possible. Même quand tout ne se passe pas exactement comme prévu, le cadre reste orienté vers le confort, la continuité et le lien.
Les chiffres clés de la parentalité aux Pays-Bas
- Les Pays-Bas arrivent en tête du classement UNICEF 2025 sur le bien-être des enfants parmi 43 pays à revenu élevé.
- Dans près de la moitié des couples avec enfants, le père travaille davantage tandis que la mère prend en charge une plus grande part du soin quotidien.
- Le pays reste marqué par une forte culture du temps partiel féminin, particulièrement chez les mères.
- Chaque parent peut bénéficier de 26 semaines de congé parental, dont 9 semaines indemnisées si elles sont prises durant la première année de l’enfant.
- Les Pays-Bas se distinguent aussi par la kraamzorg, cette aide post-partum à domicile, considérée comme l’un des piliers du modèle néerlandais de naissance.
Autrement dit : la parentalité néerlandaise semble plus apaisée, mais elle repose aussi sur une organisation sociale très structurée, avec ses forces… et ses limites.
La vraie révolution néerlandaise se joue peut-être après la naissance
Ce n’est pas seulement l’accouchement qui compte. C’est surtout ce qui se passe juste après.
Et le post-partum, comment est-il accompagné ?
Une fois rentrée à la maison, c’est la kraamzorg qui fait son apparition, il faut savoir que deux heures après l’accouchement nous sommes autorisés à rentrer à la maison, cette dame reste 8 jours, en moyenne 8 heures par jour, la plus grosse partie est prise en charge par l’assurance, elle vient faire le suivi de la maman et du bébé, elle aide à l’allaitement, nous explique les bonnes positions, comment reconnaître une mastite, explique des petits massages pour bébé, nous prépare des petits repas, fait les machines à laver de la maman et du bébé, elle s’occupe du bébé si les parents souhaitent se reposer, et elle nettoie la douche et les WC.

Une vraie perle ! Ceci est à mes yeux la plus grande différence entre les Pays-Bas et la France.
Et voilà, peut-être, la phrase la plus forte de toute cette interview. Parce qu’elle raconte quelque chose d’essentiel : aux Pays-Bas, le post-partum n’est pas laissé à l’improvisation. Il n’est pas entièrement renvoyé à la débrouille familiale, au courage de la mère ou à la disponibilité incertaine de l’entourage. Il est pensé comme un temps à part entière, qui mérite des moyens, de l’écoute, du soin et une présence réelle.
La kraamzorg est d’ailleurs une spécificité néerlandaise bien connue : un accompagnement postnatal à domicile, généralement sur plusieurs jours, auquel les femmes ont droit après la naissance. Chaque parent bénéficie aussi de 26 semaines de congé parental, dont 9 semaines payées sous conditions durant la première année de l’enfant. Dans le même temps, les statistiques montrent que la répartition du travail et du soin reste encore largement genrée aux Pays-Bas, malgré cette image très moderne de la vie de famille.
Ce que cette maternité néerlandaise raconte vraiment
Il serait facile de résumer cette interview à une simple idée : “aux Pays-Bas, tout semble plus doux”. Mais ce serait un peu court. Ce que raconte Léa est plus subtil que cela. Elle raconte un cadre dans lequel les parents sont davantage soutenus au moment où ils sont le plus vulnérables. Elle raconte un modèle qui ne repose pas uniquement sur des injonctions au bonheur parental, mais aussi sur une logistique du soin.
Et dans une époque où tant de mères se sentent obligées d’assurer, de comprendre, de tenir, de récupérer, d’allaiter, de sourire et de gérer en même temps, ce détail change tout : être accompagnée n’est pas un luxe, c’est une base.
Le témoignage de Léa nous rappelle cela avec beaucoup de simplicité. Derrière la carte postale néerlandaise, il y a surtout une question très concrète : et si une autre manière d’accueillir les bébés; et surtout leurs parents; était possible ?
