« Tu n’as pas peur de ne pas réussir à créer un vrai lien avec ton enfant, puisqu’il n’aura pas tes gènes ? »
La question est brutale. Pourtant, elle traduit une peur que de nombreuses femmes peuvent ressentir lorsqu’un don d’ovocytes leur est proposé.
Est-ce que cet enfant sera vraiment le mien ? Est-ce que je l’aimerai de la même manière ? Vais-je chercher sur son visage les traits d’une femme que je ne connais pas ? Et que restera-t-il de moi dans cette histoire si je ne lui transmets pas mon patrimoine génétique ?
Enceinte d’une petite fille conçue grâce à un don d’ovocytes, Gracy Barberane a choisi de répondre publiquement à cette interrogation.
Dans un reel publié sur Instagram le 3 août 2026, elle raconte que cette question, elle se l’est elle-même posée. Parce que le recours à un don d’ovocytes ne se décide pas en quelques minutes. Il demande souvent du temps, des doutes, des remises en question et parfois un véritable deuil de la transmission génétique telle qu’on l’avait imaginée.
Une peur légitime, pas un manque d’amour
Craindre de ne pas créer de lien ne signifie pas que l’on désire moins cet enfant.
Cela signifie seulement que l’on essaie de se représenter une maternité différente de celle que l’on avait imaginée. Une maternité dans laquelle l’histoire génétique de l’enfant commence avec une donneuse, mais dans laquelle son histoire familiale se construit avec les personnes qui l’ont désiré, attendu, porté et accueilli.
Cette réflexion peut être particulièrement douloureuse après un long parcours de procréation médicalement assistée. Le don d’ovocytes n’est alors ni une solution facile ni un simple protocole médical supplémentaire. Il peut demander de renoncer à une représentation très intime de la maternité avant de réussir à en construire une nouvelle.
Gracy Barberane connaît ce cheminement. Elle a raconté plusieurs années de PMA, les traitements, les tentatives, les grossesses interrompues très tôt et ces nombreux Noëls passés à espérer qu’un bébé serait enfin là l’année suivante. Son parcours l’a finalement menée en Espagne, où une nouvelle tentative avec don d’ovocytes lui a permis de débuter cette grossesse.
« Ma fille n’aura peut-être pas mes gènes… »
Avec le recul de sa grossesse, sa réponse à la peur du lien n’est pas théorique. Elle se trouve dans les sensations de son quotidien.
Gracy parle de cette petite fille qu’elle porte depuis des mois, qui grandit en elle et qui réagit lorsqu’elle pose la main sur son ventre. Elle raconte les petits coups en réponse à sa voix et la manière dont son bébé semble déjà reconnaître celle de son papa.
Sa conclusion tient en quelques mots :
« Le lien est déjà là. »
Ces mots ne cherchent pas à nier l’absence de lien génétique. Ils racontent autre chose : le lien qui se crée dans le temps, dans la présence, dans les gestes répétés et dans l’histoire que les parents commencent à écrire avec leur enfant bien avant sa naissance.
Le lien parent-enfant ne se résume pas à l’ADN
Les recherches consacrées aux familles créées grâce au don d’ovocytes sont globalement rassurantes, même si chaque famille possède évidemment sa propre histoire.
Dans une étude portant sur des enfants âgés de 5 ans, ceux qui étaient nés grâce à un don d’ovocytes décrivaient leur relation avec leur mère comme particulièrement chaleureuse et agréable. Ils ne présentaient pas davantage de difficultés psychologiques que les enfants du groupe de comparaison nés après une FIV avec les ovocytes de leur mère.
Une autre étude longitudinale, menée auprès de jeunes adultes conçus par don de gamètes ou gestation pour autrui, a constaté que la majorité d’entre eux se disaient soit indifférents, soit positifs à propos de leur mode de conception. Beaucoup avaient été informés très jeunes de leur histoire, ce qui pourrait avoir facilité la possibilité d’en parler librement au sein de leur famille. Les auteurs soulignent cependant la taille limitée de l’échantillon : ces résultats sont encourageants, mais ils ne prétendent pas résumer toutes les expériences.
Les questions sur les origines peuvent exister et évoluer avec l’âge. Elles ne remettent pas automatiquement en cause l’amour pour les parents ni la solidité du lien familial.
Et l’épigénétique dans tout cela ?
Les femmes enceintes grâce à un don d’ovocytes évoquent parfois l’épigénétique pour expliquer le rôle de leur corps pendant la grossesse.
L’environnement intra-utérin peut effectivement influencer l’activité de certains gènes au cours du développement. L’épigénétique désigne précisément des modifications de l’expression des gènes qui ne changent pas la séquence de l’ADN.
Mais il est important de ne pas transformer cette réalité scientifique en nouvelle obligation.
Une mère n’a pas besoin de démontrer qu’elle a biologiquement « laissé une trace » sur son enfant pour être sa mère. Le lien parental n’a pas à être justifié par les gènes, le sang ou l’épigénétique. Il se construit aussi dans la disponibilité, la protection, les interactions et la vie partagée.
Le don d’ovocytes en France : ce qu’il faut savoir
En France, le don d’ovocytes est volontaire, gratuit et réalisé sans que la donneuse et la personne receveuse connaissent leurs identités respectives au moment du don.
À la fin de l’année 2025, 2 720 personnes étaient en attente d’un don d’ovocytes. La même année, 1 050 femmes s’étaient portées candidates pour donner, et le délai d’attente moyen était d’environ 22 mois. L’accès à l’AMP avec don est ouvert aux couples formés d’un homme et d’une femme, aux couples de femmes ainsi qu’aux femmes seules.
Depuis l’évolution de la loi de bioéthique, une personne conçue grâce à un tiers donneur peut, à sa majorité et si elle le souhaite, demander l’accès à l’identité de la donneuse ainsi qu’à certaines informations non identifiantes, comme son âge, ses caractéristiques physiques ou les motivations de son don.
Une autre manière de raconter la maternité
Le témoignage de Gracy Barberane ne prétend pas que toutes les peurs disparaissent dès que la grossesse commence.
Il ne dit pas non plus qu’il faudrait accepter immédiatement le don d’ovocytes ou ne jamais ressentir de tristesse face à l’absence de transmission génétique.
Il montre simplement qu’un lien peut naître autrement.
Dans une main posée sur un ventre. Dans un bébé qui répond par un mouvement. Dans une voix qu’il entend jour après jour. Dans la place que ses parents lui préparent déjà.
Sa fille n’aura peut-être pas ses gènes. Elle aura cependant son histoire, sa voix, ses gestes, son amour et tous les souvenirs qu’elles construiront ensemble.
Et comme le résume Gracy avec une simplicité désarmante :
Le lien est déjà là.
Cet article relaie et contextualise un témoignage public. Il ne remplace pas l’accompagnement d’une équipe médicale ou psychologique spécialisée dans les parcours d’AMP.