On pense souvent au jeu comme à une pause.
Une parenthèse entre deux choses importantes : l’école, les devoirs, le bain, le dîner, le coucher.
Et pourtant, pour un enfant, jouer n’est pas une pause dans le développement. C’est l’un des endroits où le développement se construit.
En juin 2026, l’UNICEF a publié un rapport intitulé The Power of Play: A global data story. Cette étude rassemble des données comparables issues de près de 100 pays et rappelle une chose essentielle : le jeu est un besoin fondamental de l’enfant, pas un simple bonus quand tout le reste est fait.
Et pour nous, parents, c’est à la fois rassurant et un peu vertigineux.
Parce que cela veut dire que les enfants n’ont pas seulement besoin de jouets. Ils ont besoin de temps, d’espace, d’attention, d’objets simples, de sécurité, d’imagination… et parfois juste d’un adulte qui s’assoit cinq minutes avec eux.
À retenir
Selon l’UNICEF, le jeu aide les jeunes enfants à apprendre, à comprendre le monde, à développer leur langage, leurs compétences sociales, émotionnelles, physiques et cognitives. Mais des millions d’enfants dans le monde manquent encore d’occasions simples de jouer avec un adulte ou d’avoir accès à des objets de jeu.
Ce que montre le rapport de l’UNICEF
Le rapport de l’UNICEF part d’une idée très simple : dans les premières années de vie, l’enfant apprend énormément à travers le jeu.
Jouer lui permet de faire des essais, de comprendre les objets, de répéter des gestes, d’imiter les adultes, de gérer ses émotions, de construire son langage et d’entrer en relation avec les autres.
Mais l’UNICEF souligne aussi un problème majeur : tous les enfants n’ont pas les mêmes opportunités de jeu.
D’après les données présentées dans le rapport :
- plus de 80 millions d’enfants âgés de 2 à 4 ans ne jouent pas avec leurs parents ou adultes référents à la maison ;
- environ 90 millions de jeunes enfants n’ont pas accès à des objets de jeu ;
- les inégalités sont liées notamment au niveau de ressources du foyer, au niveau d’éducation des adultes, au lieu de vie et à la structure familiale ;
- le jeu reste encore trop souvent considéré comme secondaire, alors qu’il est central pour apprendre, créer du lien et se développer.
Ce que l’UNICEF appelle le “play gap”, c’est-à-dire l’écart d’accès au jeu, n’est donc pas seulement une question de jouets. C’est aussi une question de temps disponible, de conditions de vie, d’information, d’espace sécurisé et de soutien aux familles.
Le jeu n’est pas une récompense : c’est un outil de développement
Quand un enfant joue, on peut avoir l’impression qu’il “s’occupe”.
En réalité, il travaille énormément.
Quand il empile des cubes, il explore l’équilibre, la coordination et la patience. Quand il joue à faire semblant, il développe son langage, sa mémoire, sa capacité à imaginer et à comprendre les rôles sociaux. Quand il dessine, il exerce sa motricité fine, son attention et son expression personnelle.

Et quand il joue avec un adulte, il reçoit autre chose encore : de l’attention partagée, du vocabulaire, de la sécurité affective, des tours de rôle, des encouragements.
Développement de l’enfant
Le jeu soutient plusieurs grandes compétences : le langage, l’imagination, la motricité, la résolution de problèmes, la régulation émotionnelle et les interactions sociales.
Ce n’est donc pas “juste jouer”. C’est une manière très naturelle, très efficace et très profonde d’apprendre.
Faut-il acheter plus de jouets pour mieux développer son enfant ?
C’est probablement la partie la plus rassurante du rapport.
L’UNICEF rappelle que les objets de jeu ne sont pas forcément des jouets sophistiqués. Des livres, du matériel de dessin, des objets du quotidien, des éléments naturels ou des matériaux simples peuvent aussi soutenir l’imagination, la créativité et les apprentissages.
Autrement dit : un enfant n’a pas besoin d’une chambre pleine à craquer pour bien jouer.
Il peut jouer avec :
- des cartons ;
- des foulards ;
- des cuillères en bois ;
- des pinces à linge ;
- des cailloux ;
- des feuilles ;
- des bouchons ;
- du papier ;
- des crayons ;
- des livres ;
- des coussins ;
- des figurines ;
- des cubes ;
- des objets à trier, empiler, cacher, transporter ou transformer.
Le plus important n’est pas toujours l’objet lui-même. C’est ce que l’enfant peut en faire.
Le jeu libre : pourquoi il est si précieux
Le jeu libre, c’est le jeu qui n’est pas entièrement dirigé par l’adulte.
L’enfant choisit, invente, détourne, recommence. Il peut transformer un coussin en montagne, une chaise en cabane, un bâton en baguette magique ou une boîte en bateau.
Dans le jeu libre, l’enfant n’attend pas forcément un résultat parfait. Il explore.
Et cette exploration est précieuse, car elle lui permet de développer son autonomie, sa créativité, sa tolérance à la frustration et sa capacité à résoudre des petits problèmes.
Le piège à éviter
Vouloir toujours “rentabiliser” le jeu : activité éducative, résultat joli, apprentissage visible, photo parfaite. Parfois, le jeu le plus utile est justement celui qui semble désordonné, répétitif ou sans objectif clair.
Et les écrans dans tout ça ?
Le rapport de l’UNICEF ne dit pas que chaque minute sans activité structurée doit devenir une activité parent-enfant parfaite.
Mais il rappelle indirectement une chose importante : les jeunes enfants ont besoin d’expériences réelles, sensorielles, relationnelles et actives.
Regarder une vidéo, même très bien faite, ne mobilise pas le corps, l’imagination et l’interaction de la même manière qu’un jeu avec des objets, un adulte ou d’autres enfants.
Les activités sans écran ne sont donc pas seulement une alternative “plus vertueuse”. Elles permettent à l’enfant de manipuler, tester, parler, bouger, inventer et parfois s’ennuyer un peu avant de trouver quoi faire.
20 idées d’activités sans écran inspirées par le rapport de l’UNICEF
Voici des idées simples, sans matériel compliqué, pour remettre du jeu dans le quotidien.
Pour les tout-petits
- transvaser des bouchons d’un bol à l’autre ;
- empiler des coussins ;
- faire rouler une balle ;
- cacher un objet sous un tissu ;
- faire une boîte à trésors avec des objets de textures différentes ;
- chanter une comptine avec des gestes.
Pour les enfants de maternelle
- construire une cabane avec des draps ;
- dessiner une carte au trésor ;
- faire semblant de tenir un restaurant ;
- trier des objets par couleur ou par taille ;
- inventer une histoire avec trois figurines ;
- créer un parcours moteur dans le salon.
Pour les plus grands
- fabriquer un carnet d’observation de la nature ;
- inventer un jeu de société avec ses propres règles ;
- préparer une mini pièce de théâtre ;
- faire un défi construction avec du carton ;
- imaginer une ville avec des objets recyclés ;
- créer une chasse au trésor pour la famille ;
- organiser un atelier origami ;
- dessiner une bande dessinée.
Le rôle des parents : pas besoin d’être animateur professionnel
C’est souvent là que les parents se crispent.
On lit que le jeu est essentiel, et immédiatement on se dit qu’il faudrait jouer plus, mieux, plus longtemps, avec plus d’idées, plus de patience, plus d’enthousiasme.
Mais l’objectif n’est pas de devenir animateur de centre de loisirs à domicile.
Parfois, il suffit de :
- poser son téléphone cinq minutes ;
- s’asseoir à côté de l’enfant ;
- commenter ce qu’il fait ;
- lui poser une question ouverte ;
- lui donner un objet simple à transformer ;
- le laisser diriger le jeu ;
- accepter que le jeu ne ressemble pas à ce qu’on avait imaginé.
Un parent n’a pas besoin d’être parfait. Un enfant n’a pas besoin d’un adulte disponible toute la journée. Mais il a besoin, régulièrement, de moments où quelqu’un entre dans son monde.
Le mot MintyWendy
Le jeu n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être précieux. Une cabane bancale, un dessin inachevé, une histoire inventée avec trois objets ou dix minutes de jeu au sol peuvent déjà nourrir le développement d’un enfant.
Le jeu est aussi une question d’inégalités
L’un des points importants du rapport de l’UNICEF est que tous les enfants n’ont pas le même accès au jeu.
Le manque de temps, le manque d’espace, la précarité, l’absence de lieux sûrs, le stress parental, l’isolement ou le manque d’information peuvent réduire les occasions de jeu.
C’est un point important, car il évite de transformer le sujet en injonction individuelle adressée aux parents.
Dire que le jeu est essentiel ne doit pas devenir : “parents, débrouillez-vous”.
Cela doit aussi interroger l’école, les villes, les politiques publiques, les lieux d’accueil, les espaces verts, les bibliothèques, les crèches, les temps périscolaires et les entreprises qui organisent le temps des adultes.
À connaître : l’association Right To Play
Quand on parle du droit au jeu, il existe une association internationale particulièrement intéressante : Right To Play. Son objectif est d’utiliser le jeu, le sport et l’apprentissage ludique pour protéger, éduquer et renforcer les compétences des enfants, notamment dans des contextes marqués par la pauvreté, les conflits, les déplacements ou les inégalités d’accès à l’éducation.
L’association rappelle une idée essentielle : le jeu n’est pas seulement un moment de détente. Il peut aussi devenir un outil d’apprentissage, de confiance, de coopération, de résilience et de reconstruction pour des enfants qui grandissent dans des environnements difficiles.
Parler du jeu, ce n’est donc pas seulement parler de jouets ou d’activités à la maison. C’est aussi parler d’un droit fondamental de l’enfant : celui d’explorer, d’apprendre, de créer du lien et de se construire, même lorsque le contexte autour de lui est compliqué.
Pourquoi cet article parle aussi aux parents épuisés
Quand on est parent, on peut vite avoir l’impression de ne jamais en faire assez.
Pas assez d’activités, pas assez de sorties, pas assez de jeux éducatifs, pas assez de patience.
Mais ce rapport peut aussi être lu autrement : il rappelle que les enfants peuvent apprendre énormément dans des situations simples.
Il n’est pas nécessaire de tout organiser, tout acheter, tout optimiser.
Le jeu peut revenir dans les interstices du quotidien : pendant le bain, en mettant la table, sur le trajet de l’école, dans une salle d’attente, avec une feuille et un crayon, au parc, ou avec trois objets trouvés dans un tiroir.
Conclusion : protéger le jeu, c’est protéger l’enfance
Le rapport de l’UNICEF remet le jeu à sa juste place.
Non, le jeu n’est pas une perte de temps.
Non, il n’est pas réservé aux moments où tout le reste est terminé.
Non, il ne dépend pas uniquement du nombre de jouets disponibles à la maison.
Le jeu est une manière d’apprendre, de créer du lien, de développer son langage, son imagination, son corps, ses émotions et sa confiance.
Et peut-être que la meilleure chose à retenir est celle-ci : les enfants ont besoin de jouer, mais ils n’ont pas besoin que le jeu soit parfait.
Ils ont besoin d’occasions, d’espaces, de temps, d’objets simples et d’adultes suffisamment présents pour leur permettre d’entrer dans leur monde.
Protéger le jeu, ce n’est pas ajouter une nouvelle mission impossible aux parents. C’est redonner de la valeur à ce que les enfants savent déjà faire naturellement : explorer, inventer, recommencer, rire, construire, détruire, imaginer.
En un mot : grandir.
FAQ – Le jeu et le développement de l’enfant
Pourquoi le jeu est-il important pour le développement de l’enfant ?
Le jeu aide l’enfant à développer son langage, sa motricité, son imagination, ses compétences sociales, sa capacité à résoudre des problèmes et sa régulation émotionnelle. C’est l’une des premières manières dont il apprend à comprendre le monde.
Faut-il acheter beaucoup de jouets pour bien stimuler un enfant ?
Non. Des objets simples, des livres, du matériel de dessin, des éléments naturels ou des objets du quotidien peuvent déjà soutenir l’imagination et les apprentissages. La qualité de l’interaction compte souvent plus que la quantité de jouets.
Qu’est-ce que le jeu libre ?
Le jeu libre est un jeu que l’enfant peut diriger lui-même. Il choisit ce qu’il fait, invente ses règles, détourne les objets et explore sans objectif imposé par l’adulte.
Combien de temps faut-il jouer avec son enfant chaque jour ?
Il n’existe pas de durée parfaite. Quelques moments réguliers d’attention réelle peuvent déjà être précieux : lire une histoire, construire quelque chose, commenter un dessin ou entrer quelques minutes dans le jeu de l’enfant.
Les activités sans écran sont-elles meilleures pour le développement ?
Les activités sans écran permettent généralement à l’enfant de manipuler, bouger, parler, inventer et interagir plus activement avec son environnement. Elles ne sont pas seulement une alternative aux écrans : elles nourrissent des compétences essentielles.