« Je suis nul ! » La phrase tombe après un exercice raté, un match perdu ou un dessin qui ne ressemble pas à ce qu'il avait imaginé. On voudrait immédiatement rassurer notre enfant. Pourtant, au-delà de ce que nous lui répondons, une autre question mérite notre attention : comment apprend-il à se parler à lui-même lorsqu'il rencontre une difficulté ?
Ce dialogue intérieur, parfois encourageant, parfois impitoyable, intéresse depuis longtemps les chercheurs en psychologie du sport. Leurs travaux donnent des pistes intéressantes pour accompagner les enfants, à condition de ne pas confondre résultats scientifiques et recettes miracles.
Le dialogue intérieur, c'est quoi exactement ?
Le self-talk, ou dialogue intérieur, désigne les mots que nous nous adressons mentalement ou à voix haute. « Je n'y arriverai jamais », « Concentre-toi », « Je vais essayer autrement » : ces phrases peuvent influencer notre attention, notre motivation et notre manière d'aborder une tâche. Elles ne déterminent pas à elles seules la réussite.
Chez l'enfant, ce langage se construit progressivement. Il peut être spontané, lorsqu'il exprime une émotion, ou intentionnel, lorsqu'il sert à guider une action : « Je lis la consigne », « Je prends mon temps », « Je recommence ».
Ce que les chercheurs ont observé sur les courts de tennis
Une étude publiée en 2020 par Jordan Thibodeaux et Adam Winsler s'est intéressée au dialogue intérieur de 28 jeunes joueurs de tennis. Les chercheurs ont observé ce que les enfants se disaient pendant les matchs et ont étudié les liens avec leurs performances. Un dialogue intérieur positif était associé à une légère augmentation de la probabilité de remporter le point suivant. Ce résultat est intéressant, mais il reste limité par la taille de l'échantillon et par la nature observationnelle de l'étude : on ne peut pas conclure qu'une phrase positive provoque à elle seule une victoire.
Une méta-analyse de Hatzigeorgiadis et de ses collègues, publiée en 2011 et portant sur 32 études, a relevé un effet positif global des interventions utilisant le dialogue intérieur sur les performances sportives. Les consignes qui aident à exécuter une tâche, plutôt que les encouragements vagues, peuvent notamment être utiles lorsqu'on apprend un geste.
D'autres travaux sur le tennis ont également étudié les relations entre dialogue intérieur et émotions pendant la compétition. Ils suggèrent qu'un discours volontaire, tourné vers un objectif, peut être associé à une expérience émotionnelle différente de celle accompagnant des pensées spontanées. Ces études ne permettent toutefois pas d'affirmer qu'il suffirait de penser positivement pour contrôler son stress.
Pourquoi « Mais non, tu es très fort ! » ne suffit pas toujours
Quand un enfant se juge sévèrement, il est tentant de le contredire : « Mais non, tu es super fort ! » L'intention est bonne. Mais il peut avoir l'impression qu'on ne comprend pas sa déception.
On peut commencer par accueillir son émotion : « Tu es déçu, tu avais vraiment envie d'y arriver. » Puis l'aider à distinguer ce qu'il vient de vivre de ce qu'il pense être. Rater un exercice ne signifie pas être nul en maths. Perdre une partie ne signifie pas être mauvais au sport.
Il ne s'agit pas de lui imposer l'optimisme. Certaines difficultés nécessitent du repos, de l'aide, davantage d'explications ou simplement le droit d'être triste.
Quatre phrases pour apprendre à rebondir
Voici des formulations à adapter à l'âge et au tempérament de votre enfant. Ce sont des pistes éducatives, et non un protocole dont l'efficacité aurait été démontrée mot pour mot.
- Après une erreur : « Je me suis trompé. Qu'est-ce que je pourrais essayer différemment ? »
- Face à une difficulté : « Je n'y arrive pas encore. De quelle aide ai-je besoin ? »
- Quand la frustration monte : « Je suis énervé. Je peux faire une pause. »
- Après une défaite : « Je suis déçu d'avoir perdu, mais ça ne dit pas tout de ce que je sais faire. »
Encourager sans mettre la pression
Un dialogue intérieur plus constructif n'est pas une obligation supplémentaire faite aux enfants. Dire « Tu dois penser positif » risque de leur donner le sentiment qu'ils échouent aussi dans leur manière de ressentir les choses.
On peut plutôt chercher ensemble une phrase qui leur ressemble. Certains enfants préfèrent « Je réessaie », d'autres « Une chose à la fois ». D'autres encore auront surtout besoin d'entendre : « Tu peux demander de l'aide. »
Et si l'enfant se dévalorise très souvent, évite de nombreuses activités par peur d'échouer ou manifeste une souffrance durable, quelques phrases d'encouragement ne remplacent pas une écoute attentive ni, si nécessaire, un accompagnement professionnel.
Et si nous commencions par montrer l'exemple ?
Les enfants nous entendent nous traiter d'idiots après un oubli ou dire que nous sommes incapables lorsque quelque chose résiste. Nous pouvons leur montrer une autre façon de faire : « Je me suis trompée, je vais corriger », « Je suis frustrée, je reprendrai demain ». Pas besoin d'être un modèle de sérénité : reconnaître une erreur sans se dévaloriser est déjà une manière d'apprendre.
Le véritable objectif n'est pas de ne plus jamais douter de soi. C'est de découvrir qu'une erreur, une émotion ou un résultat ne définissent pas notre valeur. Une compétence qui peut servir bien au-delà des terrains de sport.
Sources et pour aller plus loin
- Thibodeaux J., Winsler A. (2020). Careful what you say to yourself: Exploring self-talk and youth tennis performance via hierarchical linear modeling. Psychology of Sport and Exercise. Consulter l'étude.
- Hatzigeorgiadis A. et al. (2011). Self-Talk and Sports Performance: A Meta-Analysis. Perspectives on Psychological Science. Consulter la notice scientifique.
- Fritsch J. et al. (2022). Self-talk and emotions in tennis players during competitive matches. Journal of Applied Sport Psychology. Consulter l'étude.
Note de lecture : les études citées portent essentiellement sur le contexte sportif. Leur application aux situations familiales et scolaires constitue une piste d'accompagnement, pas une efficacité directement démontrée dans tous ces contextes.