On les attend parfois pendant des mois.
Les vacances.
Le moment où l’on va enfin ralentir, dormir un peu plus, lire ce livre abandonné sur la table de nuit, déjeuner tranquillement au soleil et arrêter de regarder l’heure.
Puis on part avec les enfants.
Et à 6h47, quelqu’un réclame déjà son petit-déjeuner.
Bienvenue dans ce que la journaliste Renée Greusard appelle, avec beaucoup d’humour et une certaine justesse, la « délocalisation parentale » : on ne cesse pas vraiment d’être parent pendant les vacances. On déplace simplement tout le fonctionnement familial ailleurs.
Une expression que l'on peut retrouver dans le podcast Les vacances sa mère.
Et derrière la formule qui fait sourire se cache quelque chose que beaucoup de parents connaissent très bien.
La délocalisation parentale, c’est quoi ?
Le principe est assez simple.
Avant d’avoir des enfants, partir en vacances signifie généralement mettre une partie de son quotidien sur pause.
Avec des enfants ; et particulièrement avec des bébés ou des enfants en bas âge; une grande partie du quotidien monte dans les valises avec nous.
Il faut toujours :
- préparer les repas
- trouver quelque chose qu’ils acceptent de manger
- anticiper les siestes
- gérer les réveils nocturnes
- appliquer de la crème solaire
- remplir les gourdes
- chercher des toilettes
- prévoir des vêtements de rechange
- arbitrer les disputes
- organiser les activités
- répondre environ 642 fois par jour à « qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »
Le décor change.
Le travail parental, beaucoup moins.
C'est cette réalité que Renée Greusard résume avec la formule de « délocalisation parentale ». Le concept a depuis été largement repris pour désigner ces vacances où les parents continuent à assurer les mêmes tâches quotidiennes… mais sans leurs repères habituels.
Et parfois, avec un supplément logistique.
Parce qu'à la maison, on sait où se trouvent les compotes, le Doliprane, le doudou de secours et la machine à laver.
En vacances, beaucoup de ces automatismes disparaissent.
« Les parents ne partent pas vraiment en vacances »
Dans son podcast Les vacances sa mère, Renée Greusard part justement de cette idée : les vacances en famille peuvent être merveilleuses tout en étant très éloignées de l'image traditionnelle du repos.
« Les parents ne partent pas vraiment en vacances. Ils s'occupent juste de leurs enfants dans une ville différente. »
Évidemment, c'est volontairement caricatural.
Les vacances avec des enfants peuvent être pleines de moments extraordinaires : les premiers bains de mer, les glaces après la plage, les soirées qui débordent un peu de l'heure habituelle du coucher, les cousins retrouvés, les châteaux de sable et les souvenirs dont ils reparleront parfois des années plus tard.
Mais passer de bons moments n'est pas exactement la même chose que se reposer.
Et c'est probablement là que se trouve tout le malentendu.
Le podcast à écouter : « Les vacances sa mère »
C'est précisément ce qu'explore Renée Greusard dans Les vacances sa mère, une série en quatre épisodes proposée par ARTE Radio.
La journaliste y raconte avec beaucoup d'autodérision ses propres projections de vacances idéales; notamment ses envies de dolce vita italienne; confrontées à la réalité d'une famille avec plusieurs enfants, dont un tout-petit.
Mais derrière les anecdotes très drôles, le podcast parle également de sujets beaucoup plus profonds : la charge mentale, la répartition des tâches, les attentes que l'on place dans les vacances et cette étrange injonction à revenir reposé d'une période durant laquelle on s'est parfois occupé de ses enfants vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
À écouter : Les vacances sa mère, de Renée Greusard, sur ARTE Radio.
Pourquoi est-on parfois plus fatigué après les vacances ?
Parce que vacances professionnelles et vacances parentales ne signifient pas la même chose.
La crèche ferme. L'école ferme. Le centre de loisirs ferme parfois.
Mais les besoins des enfants, eux, ne ferment jamais.
Pour un parent qui travaille habituellement pendant qu'un enfant est à l'école ou gardé, les vacances peuvent même signifier plusieurs heures supplémentaires de travail parental chaque jour.
Et contrairement au travail professionnel, cette disponibilité est très fragmentée.
On ne fait pas « huit heures de parentalité » avant de fermer son ordinateur.
On répond à une question. On cherche une casquette. On coupe une pêche. On retrouve une chaussure.
On met de la crème solaire. On recommence pour le deuxième enfant.
Puis quelqu'un veut faire pipi.
Et cinq minutes plus tard, on avait presque oublié qu'on voulait simplement boire un café.
Le poids des vacances « réussies »
Instagram n'aide probablement pas beaucoup.
Parce qu'en plus d'organiser les vacances, il faudrait presque désormais fabriquer les souvenirs parfaits.
- faire une activité
- découvrir une jolie plage
- visiter quelque chose
- profiter des enfants parce qu’ils grandissent tellement vite
- être heureux parce qu’on a la chance d’être ensemble
Et surtout ne pas penser, à 17h12 après huit heures avec un enfant de trois ans :
Mon Dieu, quand est-ce qu’il va se coucher ?
Pourtant, ces deux sentiments peuvent parfaitement cohabiter.
On peut adorer partir avec ses enfants et trouver cela épuisant.
On peut fabriquer des souvenirs magnifiques et avoir parfois envie d’être seul.
On peut être heureux d’être ensemble et compter les minutes avant la sieste.
Ce n’est pas contradictoire.
C’est probablement simplement ça, la vie de famille.
Peut-on éviter la délocalisation parentale ?
Probablement pas complètement.
Mais on peut peut-être arrêter d’attendre des vacances avec de jeunes enfants qu’elles ressemblent aux vacances que l’on prenait avant eux.
Et ce simple changement d’attente peut déjà faire beaucoup.
La charge mentale ne disparaît pas parce qu’une piscine apparaît dans le paysage.
Les vacances peuvent être merveilleuses sans être reposantes
C’est peut-être finalement ce que j’aime dans cette expression de « délocalisation parentale ».
Elle ne dit pas que partir avec ses enfants est une mauvaise idée.
Elle permet simplement de remettre les attentes au bon endroit.
Les vacances en famille ne sont pas toujours des vacances du rôle de parent.
Ce sont parfois quelques semaines où l’on vit sa parentalité autrement : dehors davantage, sans horaires scolaires, avec plus de temps ensemble, dans un décor différent.
Avec beaucoup de bons souvenirs.
Un peu de sable absolument partout.
Et éventuellement ce livre que l’on avait emporté avec beaucoup d’optimisme et dont on aura lu exactement dix-sept pages.
Et ce n’est déjà pas si mal.