Depuis quelques semaines, des parents partagent sur les réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles ils superposent des vêtements pour filles et pour garçons affichant pourtant la même taille.
Le résultat est souvent saisissant : le short destiné aux petites filles est plus court, plus étroit et parfois beaucoup plus moulant que celui vendu au rayon garçons. Et cette différence ne concerne pas uniquement les adolescentes. Elle apparaît dès les premières tailles enfant.
Ces comparaisons ravivent une question que de nombreux parents se posent depuis longtemps : pourquoi les vêtements proposés aux petites filles semblent-ils offrir moins de tissu, moins de confort et moins de liberté de mouvement que ceux destinés aux garçons ?
Une différence que je constate depuis plusieurs années
Ce débat ne m’a pas vraiment surprise.
Depuis plusieurs années, j’achète une grande partie des shorts de ma fille au rayon garçons.
Pas parce que je souhaite lui imposer un style particulier, mais simplement parce que, dans le rayon filles, je trouve très difficilement des shorts qui arrivent à mi-cuisse, qui ne remontent pas lorsqu’elle s’assoit et dans lesquels elle peut courir, grimper ou faire du vélo sans avoir à les remettre constamment en place.
Au rayon garçons, les modèles sont généralement plus longs, plus amples et souvent dotés de poches réellement utilisables.
L’étiquette indiquant « fille » ou « garçon » importe finalement assez peu. Ce qui compte, c’est qu'un enfant puisse choisir un vêtement qui lui plaît et dans lequel il ou elle peut vivre sa vie d’enfant.
Une enquête allemande portant sur 20 000 vêtements
Cette impression ressentie par de nombreux parents a été mesurée en 2022 par la cellule data du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.
Les journalistes Berit Kruse, Natalie Sablowski, Marie-Louise Timcke et Barbara Vorsamer ont analysé plus de 20 000 hauts et shorts pour enfants de moins de 10 ans, commercialisés par trois grandes plateformes et enseignes : H&M, Zalando et About You.
Il ne s’agit pas d’une étude scientifique publiée dans une revue académique, mais d’une vaste enquête de datajournalisme portant sur les coupes, les couleurs, les motifs et les inscriptions présentes sur les vêtements pour enfants.
Le chiffre le plus frappant concerne la longueur des shorts.
À largeur comparable, un short pour fille mesurant environ 30 centimètres de large était en moyenne six centimètres plus court qu’un modèle destiné aux garçons. Les shorts pour filles étaient également plus ajustés.
Six centimètres, sur un vêtement pour enfant, ce n’est pas un détail.
Cela peut représenter la différence entre un short qui couvre une partie de la cuisse et un modèle qui remonte très haut dès que l’enfant court, s’accroupit ou s’assoit.
Le problème n’est pas le short court, mais l’absence de choix
Il est important de ne pas transformer ce débat en une nouvelle manière de contrôler le corps ou les vêtements des filles.
Une petite fille n’est pas responsable du regard que des adultes peuvent porter sur elle. Elle ne devrait pas avoir à se couvrir pour éviter d’être jugée, pas plus qu’elle ne devrait être obligée de montrer davantage ses jambes parce que les marques ont décidé que les vêtements féminins devaient être plus courts.
La question est de savoir pourquoi, à taille et à âge comparables :
- les garçons disposent de bermudas, de shorts amples et de modèles sportifs ;
- les filles se voient beaucoup plus souvent proposer des mini-shorts ajustés ;
- les vêtements confortables et couvrants sont parfois uniquement classés dans le rayon garçons.
La liberté vestimentaire suppose d’avoir plusieurs possibilités. On ne peut pas réellement parler de choix lorsque toutes les options se ressemblent.
Des conséquences très concrètes dans la vie quotidienne
Un short plus court ou plus serré peut paraître anodin. Pourtant, la coupe d’un vêtement influence la manière dont un enfant bouge.
Un enfant doit pouvoir :
- s’asseoir par terre ;
- grimper sur une structure de jeux ;
- faire du vélo ou de la trottinette ;
- courir sans retenir son vêtement ;
- participer aux activités de l’école sans craindre que son short remonte.
Les vêtements des filles sont par ailleurs plus fréquemment considérés comme « trop courts » par certains règlements scolaires. On demande alors aux filles d’adapter leur tenue, alors que ce sont parfois les collections qui ne leur proposent presque aucun modèle intermédiaire.
On finit par reprocher aux enfants de porter les vêtements que les adultes ont conçus, fabriqués, commercialisés et placés dans leur rayon.
Acheter au rayon garçons : une solution simple, mais qui ne devrait pas être nécessaire
Les six centimètres relevés par l’enquête du Süddeutsche Zeitung peuvent sembler dérisoires. Ils racontent pourtant quelque chose de très profond sur la façon dont notre société imagine encore les filles et les garçons.
Heureusement, la mode enfantine unisexe gagne du terrain
Les rayons très genrés ne sont heureusement pas une fatalité. Depuis quelques années, des marques développent des collections pensées pour être portées aussi bien par les filles que par les garçons, avec les mêmes matières, les mêmes coupes confortables et la même liberté de mouvement.
Dès 2018, Le Monde consacrait d’ailleurs un article à cette évolution de la mode enfantine. Le journal évoquait la progression du vestiaire « gender neutral », notamment dans les boutiques anglo-saxonnes, et la volonté de sortir de l’opposition systématique entre le rose pour les filles et le bleu pour les garçons.
Créer une mode unisexe ne signifie pas supprimer les robes, les couleurs ou les paillettes. Cela consiste plutôt à ne plus décider qu’une coupe, une couleur ou un motif devrait être réservé à un enfant en fonction de son genre.
Studio Bohème fait partie de ces marques qui proposent un vestiaire enfant plus mixte. Née en 2017, la marque française imagine des vêtements confortables et minimalistes, principalement conçus dans des matières naturelles et biologiques. Ses couleurs douces, ses imprimés poétiques et ses coupes faciles à porter permettent de composer une garde-robe moins enfermée dans les codes traditionnels « fille » ou « garçon ».
Cette approche présente aussi un autre avantage : les vêtements peuvent plus facilement être transmis d’un enfant à l’autre, sans se demander s’ils appartiennent au « bon » rayon.
Questions fréquentes
Les shorts pour filles sont-ils réellement plus courts que ceux des garçons ?
Dans l’enquête de datajournalisme publiée en 2022 par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, les shorts pour filles analysés étaient en moyenne six centimètres plus courts que ceux pour garçons à largeur comparable. L’analyse portait sur plus de 20 000 vêtements pour enfants vendus notamment par H&M, Zalando et About You.
Peut-on acheter des vêtements pour garçon à une fille ?
Oui. Les catégories « fille » et « garçon » sont des catégories commerciales. Le plus important est de choisir un vêtement adapté à la morphologie, aux activités, au confort et aux goûts de l’enfant.
Pourquoi les vêtements pour filles sont-ils souvent plus ajustés ?
Les collections enfant reproduisent en partie les codes de la mode adulte, dans laquelle les vêtements féminins sont généralement plus près du corps. Cette différence est donc davantage liée aux choix stylistiques et commerciaux des marques qu’aux besoins physiques des jeunes enfants.
Comment trouver un short confortable pour une petite fille ?
Il est préférable de regarder la longueur de l’entrejambe et la coupe réelle plutôt que de se fier uniquement à la taille indiquée. Les rayons garçons, les collections mixtes, les modèles sportifs et les bermudas peuvent offrir des coupes plus longues et plus adaptées aux mouvements.
Faut-il interdire les shorts courts aux petites filles ?
Non. L’objectif n’est pas de contrôler les vêtements des filles, mais de leur proposer davantage de choix. Une enfant doit pouvoir porter un modèle court si elle l’aime, tout en ayant également accès à des shorts plus longs, plus amples et fonctionnels.