Ils ont 12, 22, parfois plus de 100 enfants biologiques. En juillet 2026, le New York Times a posé un mot sur un phénomène aussi spectaculaire que minoritaire : le « kidmaxxing ».
Derrière ce terme qui ressemble presque à une nouvelle tendance TikTok se cache pourtant une question beaucoup moins légère : que se passe-t-il lorsque l'argent et les technologies reproductives permettent de traiter la transmission de ses gènes comme quelque chose que l'on peut maximiser ?
Et, plus largement : lorsqu'une société devient obsédée par l'optimisation, peut-elle finir par vouloir optimiser aussi ses enfants ?
Kidmaxxing : qu'est-ce que ça veut dire ?
Le terme apparaît notamment dans une tribune publiée le 1er juillet 2026 dans la rubrique Opinion du New York Times par la journaliste Anna Louie Sussman, sous le titre Is Kidmaxxing the Ultimate Status Symbol for Ultimate Wealth?.
Son point de départ est un paradoxe.
D'un côté, la fécondité diminue dans une grande partie des pays développés. Dans les pays de l'OCDE, elle se situe aujourd'hui autour de 1,46 enfant par femme en moyenne, bien en dessous du seuil d'environ 2,1 nécessaire au renouvellement des générations. Parmi les facteurs évoqués par l'OCDE figurent notamment la difficulté d'accès au logement, le coût de la garde des enfants, l'insécurité professionnelle ou encore les transformations de la vie familiale.
De l'autre côté, une poignée d'hommes extrêmement riches utilisent leur fortune et, parfois, les technologies de reproduction pour avoir un nombre considérable de descendants.
Le « kidmaxxing » serait donc, littéralement, le fait de « maximiser » sa descendance.
Pourquoi « maxxing » ?
Le suffixe anglais -maxxing vient de maximize, « maximiser ».
Il s'est d'abord diffusé dans certaines communautés en ligne avec des expressions comme looksmaxxing, qui consiste à chercher à optimiser son apparence physique, parfois de façon extrême.
Depuis, Internet l'accole à presque tout : sommeil, productivité, santé, statut social… Le mot kidmaxxing applique cette logique d'optimisation à la descendance.
22 enfants, plus de 100 descendants… de quoi parle exactement le New York Times ?
Anna Louie Sussman s'appuie sur plusieurs histoires documentées ces dernières années.
Le promoteur immobilier milliardaire Stefan Soloviev est père de 22 enfants, dont certains ont été conçus grâce à des techniques de reproduction médicalement assistée.
Pavel Durov, fondateur de Telegram, a pour sa part déclaré que ses dons de sperme auraient permis la naissance de plus de 100 enfants biologiques.
Cette précision est importante : cela ne signifie évidemment pas que Pavel Durov élève une centaine d'enfants dans une immense maison. Une grande partie de ces enfants sont nés grâce à ses dons de sperme et vivent dans leurs propres familles.
Un autre cas beaucoup plus troublant est celui de l'homme d'affaires américain Greg Lindberg. Une enquête de Bloomberg Businessweek a décrit ce qu'il appelait lui-même son « baby project ». Il aurait eu au moins 12 enfants, dont plusieurs grâce à un réseau de donneuses d'ovocytes et de mères porteuses. L'enquête rapporte également les témoignages de femmes estimant ne pas avoir reçu toutes les informations nécessaires avant de donner leurs ovocytes.
Et puis il y a Xu Bo, fondateur chinois d'une importante entreprise de jeux vidéo. Des enquêtes du Wall Street Journal et de Fortune ont fait état de projets de GPA multiples aux États-Unis et de déclarations particulièrement dérangeantes autour de l'idée d'avoir de nombreux fils susceptibles de reprendre son empire économique.
Les chiffres évoqués à son sujet varient considérablement selon les sources et certaines affirmations restent contestées. Mais les procédures judiciaires documentées montrent au minimum plusieurs grossesses par GPA menées parallèlement.
Ce qui intéresse le New York Times n'est donc pas seulement le fait d'avoir une famille très nombreuse.
C'est le changement d'échelle rendu possible par l'argent et la technologie.
Avoir beaucoup d'enfants n'a évidemment rien de nouveau
Des souverains, aristocrates, industriels ou hommes extrêmement puissants ont eu des dizaines de descendants bien avant l'apparition de la fécondation in vitro.
La nouveauté est ailleurs.
Les "technologies reproductives" permettent aujourd'hui, selon les pays, de dissocier plusieurs éléments qui étaient historiquement réunis : fournir le sperme, fournir l'ovocyte, porter la grossesse, élever l'enfant.
Un homme disposant de ressources financières considérables peut ainsi, dans certains systèmes juridiques, avoir recours simultanément à plusieurs donneuses d'ovocytes, plusieurs gestatrices, plusieurs cliniques et plusieurs équipes juridiques.
La biologie humaine impose normalement une limite physique à la vitesse avec laquelle une femme peut avoir des enfants. Pour un homme très riche recourant à ces technologies, cette limite peut devenir beaucoup moins contraignante.
C'est sans doute ce qui rend le phénomène si contemporain.
De la quantité à la sélection : là où le sujet devient vraiment vertigineux
Le kidmaxxing pose une première question : combien d'enfants peut-on vouloir avoir ?
Mais les progrès de la médecine reproductive en font apparaître une seconde :
quel enfant veut-on avoir ?
Lors d'une fécondation in vitro, il est déjà possible dans certaines situations de réaliser des analyses génétiques sur les embryons avant leur transfert.
Ces techniques ont d'abord été développées dans un objectif médical : par exemple éviter la transmission de certaines maladies génétiques particulièrement graves.
Mais dans certains pays, les possibilités peuvent aller plus loin.
Aux États-Unis, par exemple, l'American Society for Reproductive Medicine reconnaît que des cliniques permettent aux patients d'utiliser les informations issues des tests préimplantatoires pour sélectionner le sexe d'un embryon pour des raisons non médicales. L'organisation considère cependant cette pratique comme éthiquement controversée et estime qu'elle ne devrait pas être encouragée.
Est-ce de l'eugénisme ?
Impossible d'aborder le kidmaxxing sans voir apparaître ce mot. Mais il mérite d'être utilisé avec précision.
L'eugénisme désigne historiquement l'idée selon laquelle il serait possible « d'améliorer » une population humaine en favorisant la reproduction de personnes considérées comme possédant des caractéristiques désirables et en limitant celle de personnes considérées comme « indésirables ».
Le National Human Genome Research Institute américain rappelle que cette idéologie, aujourd'hui scientifiquement discréditée, s'est construite sur des conceptions racistes, validistes et hiérarchisées de l'humanité. Elle a notamment conduit dans plusieurs pays à des politiques de stérilisation forcée et a nourri les politiques raciales du régime nazi.
Mais utiliser la médecine reproductive pour éviter à un enfant une maladie génétique grave n'est pas automatiquement de l'eugénisme.
La question éthique change lorsque l'on ne cherche plus uniquement à prévenir une pathologie identifiée mais à sélectionner les futurs enfants en fonction de caractéristiques considérées comme « meilleures » : sexe, apparence, capacités supposées, origine génétique ou autres traits.
C'est précisément cette frontière qui inquiète certains bioéthiciens : à partir de quand passe-t-on de la prévention d'une maladie à la fabrication d'une hiérarchie entre les caractéristiques humaines souhaitables et indésirables ?
Et en France, pourrait-on faire du « kidmaxxing » génétique ?
Le cadre français est beaucoup plus restrictif.
Le diagnostic préimplantatoire (DPI) peut notamment être proposé lorsqu'il existe une forte probabilité de transmettre à l'enfant une maladie génétique d'une particulière gravité.
L'Agence de la biomédecine rappelle qu'il nécessite une fécondation in vitro et qu'un embryon qui n'est pas atteint par la maladie familiale recherchée peut ensuite être transféré.
Surtout, le Code de la santé publique précise que le diagnostic ne peut avoir d'autre objet que de rechercher l'affection concernée ainsi que les moyens de la prévenir ou de la traiter.
Autrement dit, le DPI français n'est pas conçu comme un outil permettant de sélectionner un enfant selon des préférences personnelles de sexe, d'apparence ou de performances supposées.
Le vrai sujet : quand l'enfant devient un projet à optimiser
C'est probablement là que le mot « kidmaxxing » devient intéressant au-delà des milliardaires eux-mêmes.
Notre époque est fascinée par l'optimisation.
Nous mesurons notre sommeil. Nous comptons nos pas. Nous optimisons notre alimentation, notre carrière, notre productivité, notre apparence, notre maison et parfois même notre temps libre.
La parentalité n'y échappe pas totalement.
Avant même la naissance, il existe désormais des applications pour optimiser la conception, des tests de fertilité, des analyses génétiques toujours plus précises, des algorithmes censés aider à sélectionner les embryons et une industrie mondiale de la fertilité en pleine expansion.
Une grande partie de ces innovations répond à des besoins médicaux réels et permet à des familles d'avoir des enfants qu'elles n'auraient parfois jamais pu avoir autrement.
Le problème n'est donc pas la technologie elle-même.
La question est ce que nous décidons d'en faire.
Attention : le « kidmaxxing » n'est pas encore une tendance de société
Il faut néanmoins remettre le phénomène à sa juste place.
Nous disposons aujourd'hui de plusieurs cas spectaculaires et documentés d'hommes très fortunés ayant un nombre inhabituellement élevé de "descendants".
Mais il n'existe pas, à ma connaissance, de statistiques permettant d'affirmer que des milliers de milliardaires se seraient soudainement lancés dans le « kidmaxxing ».
Le terme est récent et l'article du New York Times est une tribune d'opinion, pas une étude scientifique démontrant l'existence d'une nouvelle tendance démographique.
Le phénomène est réel. Son ampleur reste inconnue.
Et cette nuance change beaucoup de choses.
Parce qu'il ne s'agit pas de céder à une nouvelle panique autour des technologies reproductives, ni de jeter le soupçon sur les familles qui ont recours à la PMA.
Il s'agit plutôt d'observer ce que quelques cas extrêmes nous obligent déjà à questionner.
FAQ : comprendre le kidmaxxing
Qu'est-ce que le kidmaxxing ?
Le kidmaxxing est un terme récent utilisé pour décrire le fait de chercher à maximiser le nombre de ses descendants, notamment grâce aux ressources financières et aux technologies reproductives. Il a été popularisé en juillet 2026 par une tribune du New York Times consacrée aux familles extrêmement nombreuses de certains hommes ultra-riches.
Le kidmaxxing est-il une vraie tendance ?
Plusieurs cas spectaculaires sont documentés, mais il n'existe pas actuellement de données permettant de considérer le kidmaxxing comme une tendance démographique massive. Il s'agit plutôt d'un terme nouveau appliqué à un phénomène très minoritaire.
Le kidmaxxing est-il de l'eugénisme ?
Pas automatiquement. L'eugénisme consiste historiquement à vouloir « améliorer » une population en favorisant certains caractères humains et en en éliminant d'autres. Le recours à une PMA ou à un diagnostic génétique destiné à éviter une maladie grave ne peut donc pas être assimilé automatiquement à de l'eugénisme. La question se pose davantage lorsque l'objectif devient la sélection de caractéristiques humaines considérées comme supérieures ou désirables.
Peut-on choisir les caractéristiques génétiques de son futur enfant ?
Les possibilités sont aujourd'hui beaucoup plus limitées que ne le suggère l'expression « bébé sur mesure ». Certains tests peuvent identifier des anomalies chromosomiques ou des maladies génétiques précises. Des scores polygéniques expérimentaux tentent également d'estimer certains risques complexes, mais leur capacité prédictive reste limitée et leur utilisation clinique est très controversée.
Peut-on choisir le sexe de son enfant en France grâce à une FIV ?
Le diagnostic préimplantatoire français est strictement encadré et réservé notamment à la recherche de maladies génétiques particulièrement graves. Il n'est pas prévu pour sélectionner le sexe d'un enfant selon une préférence personnelle.
Qui a popularisé le terme kidmaxxing ?
Le terme a acquis une importante visibilité après la publication, le 1er juillet 2026, d'une tribune de la journaliste Anna Louie Sussman dans le New York Times, intitulée Is Kidmaxxing the Ultimate Status Symbol for Ultimate Wealth?.