Il y a quelques jours, je vous parlais de GENER8ION, le projet artistique de Surkin et Romain Gavras, et de leur installation immersive GOD HATES SPACE, présentée au Grand Palais à l'occasion d'Art Basel Paris.
Une œuvre complètement dystopique, dans laquelle une communauté née sur Internet se radicalise autour d'une croyance absurde : la Terre serait creuse et le salut de l'humanité se trouverait à l'intérieur.
Eh bien, si cet univers vous intrigue, foncez voir Sacrifice, le nouveau film de Romain Gavras, disponible sur Netflix depuis le 16 octobre.
On y retrouve les mêmes obsessions : les théories complotistes, les croyances qui deviennent des vérités absolues, les groupes qui se radicalisent et cette frontière de plus en plus floue entre conviction, fanatisme et folie collective.
Le tout avec un casting absolument incroyable.
Trois sacrifices pour sauver l'humanité
Tout commence dans une immense carrière de marbre grecque, transformée pour l'occasion en décor d'une soirée caritative aussi luxueuse que grotesque.
Des milliardaires, des célébrités, des discours sur l'environnement, beaucoup d'autosatisfaction et une certaine idée de la philanthropie.
Parmi les invités, Mike Tyler (Chris Evans), ancienne star du cinéma d'action en quête de rédemption, et Ben Bracken (Vincent Cassel), milliardaire de la tech persuadé de pouvoir sauver la planète.
Jusqu'à l'irruption de Joan (Anya Taylor-Joy), jeune femme à la tête d'un groupe de fanatiques persuadés qu'une catastrophe apocalyptique se produira dans trois jours.
Pour l'empêcher ? Il faudrait sacrifier trois personnes dans un volcan.
Évidemment.
Commence alors une aventure complètement folle, entre prise d'otages, quête mystique, satire sociale et mythologie grecque. Une histoire qui oscille constamment entre le ridicule et le tragique, sans jamais nous laisser complètement tranquilles sur une question : et si ces illuminés croyaient sincèrement détenir la vérité ?
De GENER8ION à Sacrifice : quand les théories du complot deviennent des religions

C'est précisément ce qui rend le rapprochement avec GENER8ION si intéressant.
Dans GOD HATES SPACE, l'installation imaginée par Surkin et Romain Gavras pour Art Basel, nous sommes projetés en 2034. Un groupe insurrectionnel, issu d'une communauté virtuelle baptisée 6Chan, a construit toute une idéologie autour du mythe de la Terre creuse.
Dans Sacrifice, ce n'est plus la Terre creuse, mais un volcan, une prophétie et une poignée d'élus convaincus d'avoir reçu la mission de sauver le monde.
Le mécanisme reste fascinant : une croyance devient une identité collective, puis une justification à la violence.
Et c'est là que Gavras touche à quelque chose de très contemporain. À l'heure où les théories complotistes circulent et se renforcent dans des communautés en ligne, comment une idée délirante peut-elle finir par constituer le socle d'un mouvement entier ?
Ce qui m'intéresse particulièrement, c'est que Gavras ne se contente pas de caricaturer les fanatiques. Il renvoie aussi les puissants, leur hypocrisie et leurs certitudes à leurs propres contradictions.
D'un côté, ceux qui pensent sauver le monde grâce à leur argent et à la technologie. De l'autre, ceux qui pensent le sauver grâce à un sacrifice humain.
Deux visions radicalement différentes, mais une même certitude d'avoir raison.
Un casting complètement dingue, avec un Yung Lean méconnaissable

Chris Evans, Anya Taylor-Joy, Vincent Cassel, Salma Hayek, John Malkovich, Charli XCX… Difficile de réunir plus de monde sur une affiche.
Mais la surprise, c'est aussi Yung Lean.
Le rappeur suédois, qu'on retrouve justement dans l'univers de GENER8ION et notamment dans le clip STORM, fait ici ses débuts au cinéma.
Et il est méconnaissable.
Il incarne Arthur, le jeune frère de Joan, un garçon à la fois naïf, sensible et dangereusement embrigadé dans les convictions de sa famille.
Un personnage presque poétique au milieu de cette folie, qui rappelle que derrière les mouvements extrémistes se trouvent aussi des individus, leurs fragilités et leur besoin d'appartenance.
Et ces carrières de marbre absolument spectaculaires !

Autre plaisir visuel : retrouver ces immenses carrières de marbre, ces décors minéraux monumentaux que Romain Gavras affectionne tant.
Impossible de ne pas penser à l'esthétique de Neo Surf, le clip de GENER8ION avec 070 Shake, lorsqu'on découvre ces gigantesques espaces blancs, presque irréels.
Pour Sacrifice, le tournage a notamment eu lieu dans la carrière souterraine de Volakas, près de Drama, dans le nord de la Grèce. Un site d'extraction bien réel, dont les immenses salles de marbre ont été transformées en lieu de réception pour milliardaires.
C'est grandiose, froid, presque extraterrestre. Et parfaitement adapté à cet univers dans lequel le luxe le plus extravagant côtoie une forme de fin du monde.
Un film à voir, et un univers à explorer
Avec Sacrifice, Romain Gavras poursuit un travail qui dépasse largement le cinéma. De ses clips à GENER8ION, de ses installations immersives à ses longs métrages, il construit un univers visuel et politique reconnaissable entre mille.
Un univers peuplé de foules, de rites, de violences collectives, de mythes et de croyances.
Et surtout, un univers qui pose une question assez vertigineuse : jusqu'où sommes-nous prêts à aller lorsque nous sommes convaincus de détenir la vérité ?
À voir sur Netflix, et à prolonger avec les créations de GENER8ION, notamment STORM et GOD HATES SPACE.
Pour aller plus loin : L’entretien de GENER8ION avec Art Basel · Sacrifice sur Netflix · Les coulisses de la carrière de Volakas.