On parle souvent de l’école comme d’un lieu où les enfants apprennent.
On parle aussi beaucoup des parents comme de ceux qui doivent accompagner, répéter, vérifier, encourager, signer les cahiers, penser au goûter, lire les mots, gérer les devoirs et rester calmes à 7 h 52.
Mais une question intéressante commence à émerger : et si l’école pouvait aussi aider les parents à mieux comprendre comment les enfants apprennent ?
Pas en leur donnant une charge de plus.
Pas en leur disant qu’ils doivent devenir enseignants à la maison.
Mais en leur montrant, très concrètement, comment quelques interactions simples, répétées et joyeuses peuvent soutenir le développement d’un enfant.
C’est précisément ce que explore le programme Lively Minds, étudié au Ghana par l’Institute for Fiscal Studies.
Résumé
Une étude menée dans des écoles maternelles rurales au Ghana montre qu’un programme formant des parents de la communauté à animer des activités ludiques en classe peut améliorer le développement cognitif des enfants et réduire certains problèmes de comportement. L’idée forte : les parents n’ont pas besoin de matériel sophistiqué pour soutenir les apprentissages. Ils ont surtout besoin de clés simples, concrètes et accessibles.
Le programme Lively Minds, c’est quoi ?
Le programme Lively Minds repose sur une idée simple : dans des écoles maternelles rurales, des parents de la communauté sont formées pour animer des activités structurées de jeu et d’apprentissage avec les enfants.
Ces activités sont pensées pour être accessibles, répétables et peu coûteuses. Il ne s’agit pas d’acheter du matériel éducatif complexe, mais d’utiliser le jeu comme support d’apprentissage.
Les parents apprennent à guider des petits groupes d’enfants autour d’activités qui stimulent :
- le langage ;
- l’attention ;
- la mémoire ;
- la coopération ;
- la motricité ;
- la confiance ;
- les premières compétences scolaires.
Le programme agit donc à deux endroits à la fois : à l’école, mais aussi à la maison, car les parents repartent avec une meilleure compréhension du développement de l’enfant.
Ce que montre l’étude
L’évaluation menée par l’Institute for Fiscal Studies indique que le programme peut améliorer certains apprentissages des enfants et réduire des difficultés comportementales.
Mais le plus intéressant n’est pas seulement le chiffre. C’est le mécanisme.
Les enfants ne progressent pas parce qu’on les a mis devant une application éducative révolutionnaire ou parce qu’on a transformé leur maternelle en laboratoire high-tech.
Ils progressent parce que des adultes de leur communauté ont été formés à interagir avec eux de manière plus riche, plus régulière et plus structurée.
Autrement dit : la qualité de l’interaction adulte-enfant compte énormément.
Pourquoi c’est inspirant pour les parents
Ce sujet pourrait facilement devenir culpabilisant.
On pourrait lire : “les parents doivent jouer davantage avec leurs enfants”.
Mais ce n’est pas l’angle le plus intéressant.
Le vrai message est plutôt : quand on donne aux parents des outils simples, ils peuvent soutenir le développement de leur enfant sans transformer la maison en salle de classe.
Un parent n’a pas besoin d’être enseignant, orthophoniste, psychomotricien, animateur Montessori et expert en neurosciences pour nourrir le développement de son enfant.
Il peut déjà beaucoup faire avec :
- une histoire racontée ;
- un jeu de tri ;
- une chanson ;
- un jeu d’imitation ;
- une consigne simple ;
- une question ouverte ;
- un moment d’attention partagée ;
- un objet du quotidien détourné en jeu.
L’idée n’est pas de demander aux parents d’en faire plus. L’idée est de leur montrer que ce qu’ils font déjà — parler, jouer, chanter, raconter, observer, encourager — peut devenir très puissant lorsqu’ils comprennent mieux ce que cela nourrit chez l’enfant.
Jouer avec son enfant ne veut pas dire animer une activité parfaite
Quand on parle de jeu éducatif, beaucoup de parents imaginent une activité préparée, avec du matériel, un objectif, un résultat, une jolie photo finale.
Mais le jeu qui nourrit le développement peut être beaucoup plus simple.
Un enfant qui trie des chaussettes par couleur travaille déjà la catégorisation.
Un enfant qui met la table compte, anticipe, observe et imite.
Un enfant qui raconte ce qu’il a fait dans la journée travaille la mémoire, le langage et la chronologie.
Un enfant qui joue à la marchande explore les rôles sociaux, les nombres, les règles et les échanges.
Ce n’est pas forcément spectaculaire. Mais c’est profondément formateur.
Ce que l’école peut transmettre aux parents
Le programme Lively Minds est évidemment ancré dans un contexte très différent du nôtre. Il ne s’agit pas de le copier-coller en France.
Mais il pose une question très utile : que pourrait transmettre l’école aux parents, au-delà des devoirs et des réunions ?
Par exemple :
- des idées de jeux simples pour développer le langage ;
- des conseils pour poser des questions ouvertes ;
- des repères sur le développement de l’attention ;
- des exemples de jeux sans matériel ;
- des façons de valoriser l’autonomie sans tout diriger ;
- des pistes pour comprendre les comportements difficiles ;
- des outils pour accompagner les enfants sans refaire l’école à la maison.
Ce type de lien famille-école pourrait être précieux, surtout pour les parents qui ont envie d’aider mais ne savent pas toujours comment.
Et à la maison, on peut faire quoi ?
Voici quelques pistes très simples inspirées de cette approche.
1. Décrire ce que l’enfant fait
“Tu as mis le petit cube sur le grand.” “Tu as choisi le rouge.” “Tu as recommencé alors que c’était tombé.”
Ces phrases nourrissent le langage et aident l’enfant à mettre des mots sur son action.
2. Poser une question ouverte
Au lieu de demander “c’est bleu ?”, on peut demander : “Qu’est-ce que tu pourrais ajouter ?”, “Que va faire ton personnage maintenant ?”, “Comment tu pourrais construire une tour plus solide ?”
3. Laisser l’enfant diriger un peu
Un jeu n’a pas besoin d’aller dans le sens imaginé par l’adulte. Si la ferme devient un aéroport et que les cochons prennent l’avion, le développement survit très bien.
4. Répéter les mêmes jeux
Les adultes aiment la nouveauté. Les enfants, eux, apprennent énormément par répétition.
5. Utiliser les objets du quotidien
Cuillères, bols, chaussettes, coussins, boîtes, pinces à linge, cartons : beaucoup d’apprentissages commencent dans des objets ordinaires.
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Conclusion : les parents n’ont pas besoin d’être parfaits, ils ont besoin de clés
Cette étude rappelle une chose très encourageante : les parents sont déjà des acteurs essentiels du développement de leur enfant.
Mais cela ne veut pas dire qu’ils doivent tout porter seuls.
Au contraire, l’école, les professionnels, les associations et les politiques publiques peuvent leur donner des outils simples, concrets, rassurants.
Le jeu n’est pas une activité secondaire. C’est un langage de l’enfance.
Et peut-être que l’un des grands enjeux des prochaines années sera justement de mieux relier les mondes : l’école, la maison, les parents, les enseignants, les enfants.
Non pas pour mettre plus de pression sur les familles, mais pour leur montrer que parfois, une histoire, un jeu de tri ou cinq minutes d’attention peuvent déjà beaucoup compter.
FAQ
Jouer avec son enfant aide-t-il vraiment son développement ?
Oui, le jeu soutient le langage, l’attention, la motricité, l’imagination, les compétences sociales et la confiance de l’enfant. L’essentiel n’est pas de proposer une activité parfaite, mais de créer des interactions régulières et vivantes.
Faut-il acheter du matériel éducatif pour stimuler son enfant ?
Pas forcément. Beaucoup d’apprentissages peuvent se faire avec des objets du quotidien : boîtes, coussins, livres, crayons, vêtements, cuillères, cartons ou petits objets à trier.
Comment aider son enfant sans refaire l’école à la maison ?
On peut parler avec lui, lire, chanter, poser des questions ouvertes, commenter ce qu’il fait, l’encourager à raconter et lui laisser du temps pour explorer.