« Une femme découvre… », « Une femme nommée à… », « Une femme remporte… ». Ces titres paraissent anodins, presque banals. Pourtant, ils mettent en lumière une habitude fréquente : désigner certaines femmes par leur genre plutôt que par leur identité.
En 2020, une page Wikipédia parodique consacrée à « Une femme » a circulé pour dénoncer (avec humour) ce réflexe. L’idée est simple : une figure fictive, “une femme”, à qui l’on attribue toutes les fonctions, tous les exploits et toutes les réussites. En poussant l’absurde, la satire rend visible un biais de formulation : on nomme volontiers les hommes, mais on réduit parfois les femmes à une catégorie.
Le phénomène « une femme » : un détail de langage qui oriente la perception
Dire « une femme » au lieu de nommer une personne n’est pas toujours intentionnel. C’est souvent un automatisme de langage, un choix de titraille, un effet de style. Mais lorsque cela devient un schéma répétitif, ce n’est plus un simple détail : c’est un cadrage. Et le cadrage influence ce que l’on retient.
En communication, la première information donnée est souvent la plus marquante. Si le genre devient l’information principale, la compétence, le rôle ou le parcours passent au second plan. Résultat : l’identité s’efface et le genre prend toute la place.
Biais cognitif : quand le cerveau simplifie (un peu trop)
Un biais cognitif est un raccourci mental. Notre cerveau catégorise rapidement pour gagner du temps. Ces raccourcis sont utiles, mais ils peuvent produire des distorsions de perception quand ils se répètent dans les médias, les réseaux sociaux ou la communication d’entreprise.
Dans le cas de « une femme », plusieurs biais peuvent se combiner :
- Biais de catégorisation : on réduit une personne à un attribut saillant (ici, le genre) plutôt qu’à son rôle ou à son identité.
- Norme implicite : l’homme est perçu comme la norme par défaut ; la femme devient une “exception” qu’on signale.
- Effet de saillance : ce qui semble “sortir de la norme” attire davantage l’attention ; le genre devient alors l’angle principal.
Sexisme ou automatisme ?
La réponse est rarement binaire. Non, toutes les personnes qui écrivent « une femme » ne sont pas consciemment sexistes. Mais oui, ce choix peut refléter un système de représentation collectif qui invisibilise parfois les femmes en tant qu’individus.
La force de la satire est précisément là : si « une femme » peut être à la fois scientifique, pilote, dirigeante, ministre ou experte, alors il est temps de lui rendre ce qui change tout : un nom, un rôle, une reconnaissance explicite.
Pourquoi c’est important (même hors des médias)
Ce biais ne concerne pas uniquement la presse. On le retrouve aussi dans le quotidien des organisations : comptes rendus de réunion, annonces, newsletters internes, communication RH ou messages managériaux.
Quand une formulation se répète, elle finit par influencer ce que l’on considère comme “normal”. À force de lire « une femme », on peut intégrer inconsciemment que le genre prime sur la compétence, même si ce n’est pas le message voulu.
Comment réduire ce biais dans vos contenus
Quelques réflexes simples pour une communication plus précise et plus juste :
- Nommer la personne lorsque l’information est disponible (éviter “une femme” par défaut).
- Mettre en avant le rôle : “la chercheuse”, “la dirigeante”, “l’ingénieure”, “la ministre”, plutôt que le genre.
- Tester l’inversion : est-ce que vous écririez “un homme” dans le même contexte ?
- Éviter le “signalement d’exception” : mentionner le genre seulement si c’est utile et pertinent.
Que retenir ?
Le phénomène « une femme » rappelle que le langage n’est jamais neutre. Il peut révéler un mélange de biais cognitifs et de réflexes culturels. L’enjeu n’est pas de chercher des coupables, mais d’améliorer la précision et l’équité de nos messages.
Souvent, la première étape pour progresser est simple : nommer les personnes, pas seulement les catégories.
FAQ
Pourquoi voit-on souvent « une femme » dans les titres ?
Parce que le genre est parfois utilisé comme angle “accroche”, surtout quand il est perçu comme atypique dans certains rôles. C’est un raccourci de langage qui peut devenir un biais s’il se répète.
Est-ce forcément sexiste ?
Pas toujours au niveau individuel. Mais l’effet collectif peut être problématique : réduire une personne à son genre peut invisibiliser son identité, son rôle et ses compétences.
Comment savoir si mon contenu est biaisé ?
Faites un test simple : remplacez “une femme” par “un homme”. Si la phrase vous paraît étrange ou inutile, c’est souvent un signal qu’il faut reformuler.
Source d’inspiration : article du Monde sur la page Wikipédia parodique « Une femme ».