Prendre le temps de s’arrêter, de partir loin, et de repenser ses priorités : un luxe rare dans des carrières souvent menées à vive allure. Responsable Achats packaging & contract manufacturing au sein de L’Oréal Luxe, Céline a fait ce choix audacieux en s’accordant un congé longue durée de quatre mois en Asie du Sud, accompagnée de son mari et de leurs enfants.
Bien plus qu’un simple voyage, cette parenthèse hors du temps s’inscrit dans une réflexion de long terme, nourrie par un premier tour du monde et par une volonté profonde de concilier ambition professionnelle, équilibre familial et quête de sens. Dans cette interview, Céline revient avec sincérité sur la genèse de ce projet, son organisation; personnelle comme professionnelle; et les enseignements durables qu’elle en retire.
Un témoignage inspirant sur le courage d’oser, la valeur du temps partagé et la possibilité de réinventer son parcours, sans renoncer à l’exigence ni à l’engagement.

Céline, vous avez pris l’an dernier un congé de quatre mois en Asie du Sud avec votre mari et vos enfants. Comment est née cette idée, et qu’est-ce qui vous a donné l’élan de la concrétiser à ce moment de votre parcours ?
Nous avions déjà eu la chance de partir, avec mon mari, pour un tour du monde de sept mois en 2011. Très vite, le rêve de revivre cette expérience s’est imposé à nous, cette fois avec nos deux enfants. L’idée a commencé à germer à la naissance de Adam, qui vient de fêter ses onze ans.L’annonce de cette pause professionnelle est souvent une étape clé. Comment avez-vous présenté ce projet à votre équipe et à votre management, et quel a été l’accueil au sein de L’Oréal Paris ?
Je partageais ce projet avec eux depuis longtemps ; ils m’entendaient souvent le dire : « un jour, je partirai pour de grandes vacances ! » Personne n’a été surpris lorsque j’ai officialisé ma demande, en les prévenant un an à l’avance afin qu’ils puissent organiser mon remplacement.
J’ai également veillé à faire coïncider ce départ avec la fin de mon cycle de trois ans sur le poste que j’occupais.
Voyager aussi longtemps avec ses enfants est une expérience forte. En quoi ce choix a-t-il marqué votre parcours de vie personnelle et familiale, et quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce temps partagé avec eux ?
Avec mon mari, nos vies professionnelles sont bien remplies. Je ne peux pas aller chercher mes enfants à la sortie de l’école et, le soir, je passe peu de temps avec eux. Cette parenthèse de quatre mois en famille a été une façon de rattraper ce temps que le quotidien ne nous permet pas toujours de partager.
Pendant ces quelques mois, nous sommes sortis de la routine et du rythme effréné des journées qui s’enchaînent. Nous avons appris à ralentir, à prendre le temps de vivre et à savourer l’instant présent. Fini la course du matin pour ne pas être en retard à l’école. À la place, nous avons regardé nos enfants vivre, grandir et découvrir toutes les merveilles que le monde a à offrir.

Tout n’a pas été simple au début : il a fallu apprendre à être ensemble 24 heures sur 24. Voyager avec des enfants impose naturellement un rythme plus doux. Le programme est moins intense, les rencontres avec les habitants sont plus spontanées. On voit peut-être moins de pays, mais on vit bien plus d’expériences humaines. Autant de souvenirs précieux, partagés ensemble, qui constituent un cadeau unique et dont nos enfants se souviendront toute leur vie.
Sur le plan professionnel, comment avez-vous préparé votre absence : organisation de la continuité des projets, transmission des dossiers, gestion de votre carrière à moyen terme ?
La personne qui m’a remplacée avait été identifiée plusieurs mois avant mon départ. Il s’agissait d’un membre de mon équipe, qui connaissait parfaitement le poste et que nous préparions depuis quelque temps à cette évolution. J’ai pris le temps de la former et de l’accompagner dans ses nouvelles responsabilités managériales.
De mon côté, après dix ans sur le même métier, ce congé représentait aussi l’occasion de prendre du recul et de réfléchir à un nouveau tournant professionnel. Avant mon départ, j’ai passé plusieurs entretiens afin de mûrir mon choix et de me faire connaître. Je dois également souligner que j’ai été très bien accompagnée par ma hiérarchie et ma DRH, à mon retour de congé.
Ce voyage impliquait également une organisation éducative importante, notamment avec le CNED. Comment avez-vous concilié découverte, rythme de voyage et continuité scolaire pour vos enfants ?
J’appréhendais beaucoup l’idée de m’improviser maîtresse d’école, mais finalement tout s’est très bien passé. Je n’ai pas opté pour le CNED ; j’ai préféré acheter un manuel suivant le programme de l’année, ainsi que plusieurs cahiers d’exercices, en mettant l’accent sur les mathématiques et le français.
Au début, nous étions très studieux : école le matin, visites l’après-midi. Mais je me suis vite rendu compte qu’en travaillant en petit comité, on avançait bien plus rapidement dans le programme. Nous avons donc rapidement assoupli le rythme. Et puis, apprendre les fractions au bord de la plage, ça donne tout de suite une autre saveur aux leçons.

Quelle durée recommandes tu pour vivre cette parenthèse avec les enfants, puisque cette fois ci tu as choisi 4 mois contre 7 la première fois que vous avez vécu cette aventure avec ton mari?
Choisir de partir quatre mois, entre les vacances de la Toussaint et celles d’hiver, nous a permis d’offrir aux enfants une vraie continuité scolaire, en commençant et en terminant l’année avec leurs classes respectives. C’était aussi, la meilleure période pour découvrir l’Asie du Sud-Est.
Quatre mois, c’est assez long pour prendre le temps, s’éloigner des itinéraires trop balisés et vivre le voyage autrement. Une durée qui rend également l’aventure plus accessible, tant sur le plan logistique que financier.
Nous recommandons vraiment ce format, et pourquoi pas aller un peu plus loin en poussant l’aventure jusqu’à six mois, jusqu’aux vacances de Pâques.
Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui envisageraient une parenthèse similaire ?
Avec ou sans enfants, osez vous lancer. Rien n’est impossible lorsque l’envie est là. Les doutes font partie du chemin, mais ils ne doivent pas vous freiner : aujourd’hui, les ressources sont nombreuses pour vous aider à préparer et à sécuriser ce type de projet.
Ce voyage fait partie des expériences les plus fortes et les plus enrichissantes de ma vie. Il m’a fait grandir, autant sur le plan personnel que professionnel, et m’a permis de redéfinir mes priorités. C’est la preuve qu’un autre équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est possible.
Aujourd’hui, cette aventure me laisse surtout une certitude : ce n’est pas la dernière. Une seule question demeure… quand repartirons-nous ?