Comme je le racontais lors de mon post en immersion chez une avocate, j’ai beaucoup de chance d’avoir une vie où le drame ne se joue qu’à la télévision, à la radio ou en podcast. Une distance confortable, presque irréelle, surtout quand je la compare au quotidien de mes amis avocats ou psycho-criminologues, confrontés à des situations et à des récits que l’on ne devrait pas avoir à voir tous les jours.
C’est sans doute pour cela que je peux, sans culpabilité, m’endormir en écoutant un épisode de Crimes oubliés ou une histoire d’horreur. Pour moi, ces récits relèvent d’un divertissement lointain, encadré, maîtrisé. Une manière de regarder le noir depuis un endroit sûr, où l’on peut encore fermer les yeux quand le générique se termine.
Donc si, comme moi, vous aimez les récits judiciaires fouillés, les affaires criminelles racontées sans sensationnalisme inutile et les zones grises de l’âme humaine, alors le podcast est devenu un terrain de jeu fabuleux. On y retrouve cette tension, ce goût du détail et cette volonté de comprendre le pourquoi, qui font le sel des grandes émissions de faits divers.
Voici donc ma sélection de podcasts à découvrir — ou à redécouvrir — quand on a grandi (ou vieilli ) avec les affaires criminelles à la française.
1. Crimes oubliés
écrit, raconté et réalisé par Camille Debreuille
C’est mon gros coup de cœur.
J’adore ces rappels à l’ordre profondément humanistes, qui ne se contentent pas de raconter un crime mais le recontextualisent. On y parle des conditions de vie des femmes, d’une époque où l’hystérie était considérée comme une maladie, et où le féminicide n’avait pour nom que celui de « crime passionnel » (sic).
Le podcast fait un travail précieux : il remet du sens, de l’histoire et de la dignité là où le récit judiciaire avait parfois tout aplati. On ressort de chaque épisode avec une colère douce-amère… et l’impression d’avoir appris quelque chose d’essentiel.
2. Hostiles
Avec Hostiles, le ton narratif évolue subtilement au fil des épisodes. On y retrouve clairement la patte de l’auteur : celle d’un conteur qui sait exactement où il nous emmène, y compris dans toutes ces voies de traverse que l’on aimerait emprunter pour croire à une fin heureuse.
Mais systématiquement, le récit nous ramène à la réalité. Une réalité parfois brutale, mais jamais gratuite. Le podcast prend alors le temps de rappeler certains biais cognitifs bien connus en psychologie, ceux qui nous font dire « moi, j’aurais fait autrement ». Il nous explique comment, en théorie, on aurait dû réagir… tout en montrant pourquoi, dans les faits, le protagoniste n’a malheureusement pas su — ou pu — s’en sortir.
C’est précisément là que Hostiles frappe juste : dans cet écart douloureux entre ce que l’on croit possible et ce que la réalité impose.
Mention spéciale pour l’épisode du Milauleur : une petite larme qui surgit sans prévenir.
(Oui, moi non plus je ne m’y attendais pas !)
En résumé
Si vous aimez les récits criminels documentés, narratifs, et capables de questionner la société autant que les faits, ces podcasts sont faits pour vous. Ils prolongent parfaitement l’expérience des grandes affaires judiciaires… tout en y ajoutant une profondeur contemporaine et nécessaire.