Arthur Gautier - ESSEC Business School

Arthur Gautier, directeur de Chaire Philanthrope de l'ESSEC - de l'importance de la Philanthropie

 

Pour ce nouveau "Sharing is Caring" nous avons décidé de donner la parole à des experts pour donner certaines clefs nouvelles pour les entrepreneurs d'aujourd'hui et c'est Arthur GAUTIER, professeur à l'ESSEC Business School et dirigeant de la Chaire Philanthrope de l'ESSEC qui répond à nos questions. Dans cette interview, il vient aborder avec nous le sujet de la philanthropie et de son importance mais aussi de l'évolution des mentalités qui pousse à davantage de visibilité. Je vous laisse donc en compagnie d'Arthur, cet homme généreux et bienveillant qui dès les débuts de MintyWendy a su être à mon écoute et me conseiller.

Merci à lui et bonne lecture à vous !

 

 

https://www.changerparledon.com/

 

 

INTERVIEW de Arthur GAUTIER, directeur de la Chaire Philanthrope de l’ESSEC,

 

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis professeur à l’ESSEC Business School et je dirige la Chaire Philanthrope de l’ESSEC, qui est une unité de recherche spécialisée depuis 2011 dans la production et la diffusion de connaissances sur la philanthropie (définie comme l’ensemble des financements privés pour l’intérêt général). Notre but est de mieux comprendre la philanthropie mais aussi de contribuer à améliorer son impact positif sur la société. Pour ce faire, nous sommes soutenus par 5 grandes fondations (Fondation de France, Fondation Caritas, Fondations Edmond de Rothschild, Fondation Carasso et Fondation Bettencourt Schueller) et sommes en réseau avec de nombreux collègues qui étudient la philanthropie dans d’autres pays. Concrètement, je donne des cours, écris et publie des articles et des livres, organise et participe à des conférences sur ces sujets. Dernièrement, nous avons sorti le livre Vers une philanthropie stratégique chez Odile Jacob avec deux collègues (Anne-Claire Pache et Peter Frumkin), que nous déclinons dans un podcast qui sortira le 8 septembre ! Nous venons aussi de fêter les 5000 participants à notre MOOC gratuit « La Philanthropie : Comprendre et Agir », que je vous invite à suivre si vous souhaitez en savoir plus.

 

 

Quand j'ai commencé MintyWendy, nous nous sommes eu au téléphone, je voulais que mon entreprise reverse dès la première année une partie des bénéfices à des associations, je voulais trouver la bonne, et je voulais faire cela discrètement, et l'un des messages que vous m'avez passé a été, "ne le faites pas à la française, discrètement sans en parler à personne par humilité, mais soyez plus anglo-saxon dans votre approche, et montrez ainsi l'exemple pour inciter les autres entreprises de toute taille en leur montrant que c'est possible". 

5 ans après, voyez vous toujours cette même différence française/anglo-saxonne ou avez vous vu une évolution?

 En France, nous avons effectivement une tradition de discrétion avec le don financier. Notre fond culturel catholique et latin nous dissuade de parler publiquement d’argent, celui qu’on gagne mais aussi celui qu’on donne. « Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien », comme on dit ! Il y a de bonnes raisons de donner discrètement, d’ailleurs, au-delà des principes religieux : ne pas paraître prétentieux, éviter d’être sur-sollicité, garder une part d’intimité…

Mais il y a aussi de très bonnes raisons de le faire savoir : bien sûr, être reconnu et remercié publiquement (ce qui est bon pour l’ego, voire la réputation pour les grands donateurs), mais aussi donner l’exemple pour entraîner les autres, faire connaître une cause ou une organisation qui le mérite… C’est typique de la tradition nord-américaine où donner fait partie de la vie sociale et publique.


Oui, je pense que les choses changent en France, que nous allons vers davantage de visibilité pour la philanthropie. Plusieurs initiatives qui mettent le don en avant ont été relayés dans les médias : le mouvement populaire Giving Tuesday, organisé en France depuis 2018 ; l’initiative Changer par le Don, lancé la même année par deux patrons Français, Denis Duverne et Serge Weinberg ; la Epic Foundation et la médiatisation de son fondateur, Alexandre Mars… L’incendie de Notre-Dame de Paris et la crise du coronavirus ont également suscité une vague de générosité ainsi que quelques polémiques et grincements de dents, qui ont eu le mérite de faire parler de philanthropie dans les médias grand public comme rarement auparavant !

  

 

Pourriez vous nous expliquer pourquoi soutenir les associations caritatives, d'autant plus dans les moments de crise, est impératif pour l'équilibre de notre société ?

 

C’est une question importante et vaste. Les associations font partie de ce qu’on appelle la « société civile », c’est-à-dire l’ensemble des relations sociales, familiale, culturelles entre individus au sein d’une société, en dehors du cadre et de l'intervention de l'État. Les associations peuvent avoir des buts extrêmement variées et toutes ne contribuent pas à l’intérêt général (songez à un club de
pétanque, par exemple, qui sert avant tout ses membres), mais elles participent à la vitalité de la vie en société. Il y a une corrélation entre la vitalité associative et le caractère libéral et démocratique des sociétés : pas de liberté de s’associer et de lancer des activités associatives dans les régimes autoritaires et les dictatures. En France, il y a environ 1,5 millions d’associations, 16 millions de bénévoles et 1,8 millions de salariés associatifs. C’est énorme.

Une partie importante de ces associations ont un but d’intérêt général, défini en France dans le code général des impôts. Ces associations jouent un rôle indispensable dans la cohésion de la société et le soutien des plus vulnérables. Elles vivent en majorité des revenus de leur activité et de subventions publiques, mais elles s’appuient de plus en plus sur les dons des particuliers, le mécénat des entreprises, le soutien des fondations… Certaines ONG connues comme Médecins sans Frontières ou le Secours Catholique dépendent à plus de 70% de la générosité des particuliers ! Elles réalisent un travail formidable que ni l’Etat, ni les collectivités territoriales, ni les entreprises privées n’ont ni les compétences ni la vocation à accomplir. C’est vrai à l’échelle locale comme à l’international. La crise du coronavirus a montré l’importance des citoyens ordinaires et des associations pour « faire tenir » l’édifice, alors que la gestion de l’Etat a été très critiquée.

 

 

 

Pensez vous que la société de demain sortira plus généreuse de cette pandémie, ou imaginez vous plutôt un regain de l'individualisme?

 

Je préfère ne pas prédire l’avenir car il n’y a pas meilleur moyen de se tromper !

Il me paraît néanmoins difficile d’imaginer un reflux de la générosité des Français car la tendance longue, depuis 2000, est à une augmentation régulière et progressive des montants donnés aux organisations d’intérêt général.

Néanmoins, plusieurs facteurs risquent d’entraver cette progression : certaines réformes économiques et fiscales peuvent freiner ou dissuader (temporairement, dans la plupart des cas) les dons, un cataclysme économique pourrait tout simplement priver certaines personnes de continuer à donner. Mais les causes importants et urgentes ne manqueront pas demain, qu’il s’agisse du dérèglement climatique et l’impact qu’il aura sur nos modes de vie, du bien-être animal, du soutien aux créateurs ou de la préservation de notre patrimoine... 

 

 

Merci à Arthur Gautier,

 

Et c'est dans cette envie d'entraide et de donner du sens à ce que nous faisions, que MintyWendy a décidé en collaboration avec Julie de la marque Chat-Malo Paris de créer un sweat solidaire. Un sweat où à chaque achat sont reversés 50% des bénéfices à l’ADSF*, une association qui va à la rencontre des femmes en situation de vulnérabilité pour prendre soin d'elles.

 



 

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