Prendre un bébé dans ses bras. Le bercer. Lui parler. Croiser son regard. Cela paraît tellement élémentaire qu’on imagine difficilement qu’il puisse exister des services hospitaliers où des adultes sont spécifiquement mobilisés pour le faire.
Et pourtant. En France, plusieurs associations organisent des interventions de bénévoles auprès de bébés et d’enfants hospitalisés. À Strasbourg, on les appelle même parfois les « câlineuses ». Leur présence prend un relief particulier lorsqu’on découvre qu’en parallèle, certains nourrissons confiés à l’Aide sociale à l’enfance peuvent rester plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à l’hôpital faute de solution d’accueil adaptée.
Alors qui sont ces « câlineurs de bébés » ? Pourquoi leur présence compte-t-elle ? Et surtout : peut-on devenir bénévole en France et que peut-on faire concrètement pour aider ?
Des bébés qui ont besoin de soins… mais aussi de bras
Un service hospitalier sait soigner. Mais un nourrisson n’a pas seulement besoin d’être nourri, changé et surveillé : les interactions régulières avec des adultes (voix, regard, toucher, réponses à ses sollicitations) participent à son développement.
Le terme historique d’« hospitalisme », notamment associé aux travaux de René Spitz au XXe siècle, doit aujourd’hui être utilisé avec prudence. Mais les connaissances modernes sur le développement précoce et l’attachement confirment l’importance d’interactions humaines stables et sécurisantes pendant les premières années de vie.
Le rapport du Sénat consacré en 2026 à la protection de l’enfance insiste justement sur la vulnérabilité particulière des moins de trois ans et sur la nécessité de prendre en compte leurs besoins d’attachement et de continuité relationnelle.
Quand l’hôpital devient malgré lui un lieu de vie
La situation est particulièrement saisissante pour certains nourrissons confiés à l’Aide sociale à l’enfance. Une séquence de Public Sénat récemment relayée sur les réseaux sociaux évoque des bébés qui restent à l’hôpital faute de place adaptée.
Ce phénomène est documenté par des sources institutionnelles. Le Sénat indique en 2026 que des nourrissons peuvent être maintenus plusieurs semaines, voire plusieurs mois, dans des services de pédiatrie faute de solution d’accueil. Le problème avait déjà fait l’objet d’une question parlementaire en 2022.
Il ne s’agit évidemment pas de mettre en cause les équipes hospitalières. Un service de pédiatrie est conçu pour soigner des enfants malades, pas pour devenir pendant plusieurs mois le lieu de vie et d’attachement d’un bébé.
Pourquoi ces bébés ne peuvent-ils pas simplement rejoindre une famille d’accueil ?
Parce que la protection de l’enfance traverse une crise profonde des capacités d’accueil et du recrutement.
Selon la DREES, fin 2024, 392 600 enfants et jeunes de moins de 21 ans bénéficiaient d’au moins une mesure d’Aide sociale à l’enfance et 224 700 d’une mesure d’accueil. Dans le même temps, l’accueil familial recule : les assistants familiaux accueillent une part de moins en moins importante des enfants confiés.
Le rapport sénatorial de 2026 décrit également des établissements confrontés à de fortes difficultés de recrutement et des pouponnières sous tension. Leur taux moyen d’occupation est notamment donné à 116 %.
À retenir
Le sujet n’est pas simplement celui de « fermetures de lieux de l’ASE ». Les sources disponibles ne permettent pas d’établir une vague nationale de fermetures qui expliquerait directement ces hospitalisations prolongées. Elles documentent en revanche très clairement une saturation du système, une pénurie de professionnels et de familles d’accueil et un manque de solutions adaptées aux tout-petits.
Les « câlineurs de bébés » existent-ils vraiment en France ?
Oui… mais il faut apporter une nuance importante : « câlineur de bébés » n’est pas un statut national et il n’existe pas, à notre connaissance, un réseau français unique permettant de s’inscrire pour aller câliner spécifiquement les nourrissons confiés à l’ASE.
En revanche, plusieurs associations françaises organisent des interventions auprès de bébés hospitalisés.
Les Blouses Roses : des « câlineuses » à Strasbourg
À Strasbourg, les bénévoles des Blouses Roses interviennent notamment au CHU de Hautepierre. L’association a elle-même consacré un reportage à ses « câlineuses », qui bercent et cajolent des nourrissons hospitalisés.
Les Blouses Roses disposent de comités dans de nombreuses villes françaises. Toutes les antennes n’interviennent pas nécessairement auprès des nourrissons : le plus simple est donc de contacter son comité local et de demander quelles missions sont proposées dans les établissements partenaires.
Main dans la Main et Solidaires : auprès des enfants dès la naissance
En région parisienne, Main dans la Main et Solidaires intervient auprès des enfants hospitalisés de la naissance à vingt ans. Certaines bénévoles intervenant auprès des nourrissons ont historiquement été surnommées les « berceuses ».
Contact : Hôpital Necker-Enfants Malades, 149 rue de Sèvres, Paris 15e — 01 44 49 47 22 — bureau.mdms@orange.fr.
Les Liens du Cœur : câliner les bébés hospitalisés à Bordeaux
À Bordeaux/Pessac, Les Liens du Cœur intervient notamment auprès des enfants atteints de cardiopathies congénitales. L’association décrit explicitement parmi les missions de ses bénévoles le fait de rester auprès des bébés hospitalisés, de les accompagner et de les câliner lorsque leurs parents doivent s’absenter ou ont besoin de souffler.
Contact : contact@lesliensducoeur.org — 05 57 65 64 65.
SOS Préma : une autre manière d’aider
SOS Préma possède un réseau national de bénévoles dans les services de néonatalogie. Il ne s’agit pas d’une mission de « câlineur » : l’action est principalement tournée vers l’accompagnement et le soutien des parents. Pour devenir Parent Bénévole, il faut notamment avoir soi-même vécu la prématurité de son enfant.
En Belgique, une association entièrement consacrée aux câlins
Chez nos voisins belges, le dispositif est beaucoup plus clairement identifié. L’association Les Câlineurs de bébés intervient auprès d’enfants de 0 à 18 mois hospitalisés lorsque leurs parents ne peuvent être présents, mais également auprès de bébés en attente de placement ou d’adoption.
Les bénévoles sont sélectionnés, formés et encadrés et s’engagent dans la durée. Ce modèle pose forcément une question : pourrait-on développer davantage ce type de dispositif en France, notamment pour les nourrissons qui connaissent des hospitalisations sociales prolongées ?
J’ai envie d’aider : que puis-je faire concrètement ?
1. Contacter les Blouses Roses de sa ville. Demandez explicitement si le comité intervient en pédiatrie ou auprès de nourrissons.
2. En Île-de-France, contacter Main dans la Main et Solidaires. L’association intervient auprès des enfants hospitalisés dès la naissance.
3. À Bordeaux, contacter Les Liens du Cœur. Les missions proposées comprennent explicitement la présence et les câlins auprès de bébés hospitalisés.
4. Si vous avez vécu la prématurité, vous renseigner auprès de SOS Préma. Votre expérience peut devenir une ressource précieuse pour d’autres familles.
5. Soutenir les associations qui viennent en aide aux familles et aux tout-petits vulnérables. Donner du matériel, du temps ou de l’argent est aussi une manière très concrète d’agir.
Attention : on ne se présente pas spontanément dans un service hospitalier en proposant de prendre des bébés dans ses bras. Ces interventions nécessitent un cadre établi avec l’hôpital, une sélection et souvent une formation des bénévoles, ainsi que le respect strict des règles d’hygiène, de confidentialité et des consignes du service.
Des câlins qui ne remplaceront jamais une famille
Il y a quelque chose d’à la fois merveilleux et profondément dérangeant dans l’existence des « câlineurs de bébés ».
Merveilleux, parce que des adultes décident de donner de leur temps pour offrir à un tout-petit des bras, une voix et une présence.
Dérangeant, parce que notre système peut arriver à une situation dans laquelle il faut organiser le fait qu’un bébé soit pris dans les bras.
Ces bénévoles ne peuvent évidemment pas remplacer une famille, un assistant familial ou une équipe suffisamment nombreuse et stable. Ils répondent à un besoin immédiat. Ils ne règlent pas la crise structurelle de la protection de l’enfance.
Mais ils en révèlent peut-être, avec une simplicité désarmante, l’un des symptômes.
Sources
- Sénat — rapport 2026 consacré à la protection de l’enfance
- Sénat — question sur les nouveau-nés confiés à la protection de l’enfance maintenus à l’hôpital
- DREES — données sur l’Aide sociale à l’enfance
- Ministère des Solidarités — nouveau cadre des pouponnières
- Les Blouses Roses
- Main dans la Main et Solidaires
- Les Liens du Cœur
- SOS Préma
- Les Câlineurs de bébés — Belgique
- Public Sénat — séquence consacrée aux nourrissons confiés à l’ASE, relayée sur Instagram.
FAQ
Peut-on devenir câlineur de bébés en France ?
Il n’existe pas de statut national de « câlineur de bébés », mais certaines associations proposent des missions bénévoles auprès de nourrissons hospitalisés. C’est notamment le cas des Blouses Roses dans certains établissements, de Main dans la Main et Solidaires en région parisienne et des Liens du Cœur à Bordeaux.
Peut-on aller directement à l’hôpital pour proposer de câliner des bébés ?
Non. Les interventions bénévoles auprès de nourrissons doivent être organisées et encadrées par l’établissement et une association partenaire. Elles impliquent notamment des règles d’hygiène, de confidentialité et de sécurité.
Pourquoi certains bébés confiés à l’ASE restent-ils à l’hôpital ?
Des rapports institutionnels documentent des hospitalisations prolongées faute de solution d’accueil adaptée, dans un contexte de pénurie de familles d’accueil, de difficultés de recrutement et de saturation de certaines structures.