Violences éducatives ordinaires : ce que révèle le troisième baromètre de la Fondation pour l’Enfance

Violences éducatives ordinaires : ce que révèle le troisième baromètre de la Fondation pour l’Enfance

Il y a des mots qu’on banalise. Des gestes aussi.

Une fessée “pas bien méchante”. Une tape “pour marquer le coup”. Un cri “parce qu’à un moment, ça suffit”.

Le problème, c’est que ce que beaucoup d’adultes appellent encore de l’éducation relève parfois, tout simplement, de violences éducatives ordinaires.

Et le troisième baromètre de la Fondation pour l’Enfance vient nous le rappeler avec une clarté peu confortable : ces pratiques restent massives, même plusieurs années après leur interdiction par la loi.

Ce que dit le 3e baromètre

Le troisième baromètre de la Fondation pour l’Enfance montre une réalité difficile à contourner : les violences éducatives ordinaires n’ont pas disparu du paysage familial français. Elles restent ancrées dans les pratiques, dans les représentations, et parfois même dans les réflexes.

Les chiffres avancés sont parlants : au cours des douze derniers mois, 83 % des parents déclarent avoir eu recours à au moins une violence verbale ou psychologique, et 37 % à au moins une violence physique. Parmi les gestes encore pratiqués, la fessée reste loin d’avoir disparu. Elle continue même à être perçue comme acceptable par une partie non négligeable des parents.

Autrement dit : la loi a changé. Les mentalités, elles, avancent moins vite.

Autre point marquant du baromètre : la connaissance du terme “violences éducatives ordinaires” progresse. Environ 7 parents sur 10 disent savoir de quoi il s’agit. Mais seuls une minorité affirment en avoir une compréhension vraiment précise. Et surtout, mieux connaître le terme ne signifie pas toujours remettre en cause ses propres pratiques.

Ce que recouvrent vraiment les VEO

Quand on parle de violences éducatives ordinaires, on ne parle pas seulement de gestes spectaculaires ou d’excès évidents.

On parle aussi de choses très intégrées au quotidien :

  • crier ou hurler sur un enfant ;
  • menacer pour obtenir l’obéissance ;
  • humilier, rabaisser, employer des mots dévalorisants ;
  • donner une tape, une fessée, bousculer, secouer ;
  • faire peur ou installer la contrainte comme langage éducatif.

Le mot “ordinaire” est presque piégeux. Il ne veut pas dire “sans gravité”. Il veut dire “socialement banalisé”. Et c’est bien là le cœur du sujet.

Pourquoi ces violences restent banalisées

Le point le plus intéressant, et sans doute le plus inconfortable, c’est qu’on n’est pas face à un simple problème d’information.

Beaucoup de parents savent désormais que la fessée ou l’humiliation ne sont pas de bons outils éducatifs. Pourtant, ces pratiques continuent. Pourquoi ?

Parce qu’entre le parent idéal et le parent réel, il y a la fatigue. La charge mentale. Le manque de relais. Les automatismes hérités de sa propre enfance. Le stress. L’isolement. Et parfois aussi une vision de l’autorité encore très marquée par l’idée qu’un enfant “doit comprendre vite”.

Le baromètre met aussi en lumière des écarts entre les pères et les mères dans la perception de la punition corporelle. Cela rappelle une chose essentielle : on ne pourra pas faire de prévention efficace avec des discours trop abstraits, trop culpabilisants ou trop uniformes.

Le vrai sujet n’est pas seulement de dire aux parents ce qu’il ne faut plus faire. Le vrai sujet, c’est de leur donner des alternatives crédibles quand ils sont à bout.

Ce que change la loi du 10 juillet 2019

Depuis la loi du 10 juillet 2019, le Code civil précise clairement que “l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques”.

Concrètement, cette loi a une portée symbolique forte : elle retire toute légitimité éducative aux violences dites “ordinaires”. Elle affirme qu’on ne peut pas frapper, humilier ou terroriser un enfant au nom de l’éducation.

Cette loi n’a pas créé un nouveau délit autonome de “fessée”, mais elle a fixé un cap juridique et culturel très net : la violence ne fait pas partie des outils éducatifs acceptables.

Dit autrement : ce n’est pas parce qu’une pratique a longtemps été tolérée qu’elle reste défendable aujourd’hui.

La Cour de cassation enterre le droit de correction parental

En janvier 2026, la Cour de cassation a mis fin très clairement à un vieux flou juridique : il n’existe pas de “droit de correction parentale” en droit français.

Cette décision est importante pour au moins cinq raisons :

  1. Elle ferme la porte à une vieille tolérance culturelle : non, on ne peut pas invoquer l’éducation pour justifier des violences.
  2. Elle aligne le raisonnement pénal avec le droit civil : depuis 2019, l’autorité parentale doit déjà s’exercer sans violences physiques ni psychologiques.
  3. Elle rappelle que la finalité éducative ne neutralise pas la violence : frapper pour “corriger” n’efface pas l’infraction.
  4. Elle recentre le débat sur l’intégrité de l’enfant plutôt que sur les habitudes des adultes.
  5. Elle marque un tournant symbolique : ce qui passait autrefois pour une méthode éducative est désormais clairement disqualifié juridiquement.

Ce point est essentiel pour les parents, mais aussi pour tous les adultes autour de l’enfant : non, la violence n’est pas un détail éducatif. Et non, elle ne bénéficie d’aucune exception parentale reconnue par la justice.

Éduquer autrement : oui, mais avec quoi ?

C’est souvent là que les débats se bloquent.

Tout le monde ou presque est capable de dire qu’il ne faut pas humilier un enfant. En revanche, quand il crie, tape, provoque, explose, recommence, déborde, fatigue et teste les limites pour la quatrième fois de la journée, les grands principes paraissent soudain beaucoup plus théoriques.

C’est précisément pour cela qu’un article sur les violences éducatives ordinaires ne devrait jamais se contenter de distribuer des bons points et des mauvais points.

Le sujet n’est pas la perfection parentale. Le sujet, c’est le cadre.

Un cadre sans violence, cela peut vouloir dire :

  • poser une limite claire sans humiliation ;
  • répéter sans menacer ;
  • interrompre un comportement sans passer par la peur ;
  • différer une discussion quand l’adulte lui-même déborde ;
  • chercher des routines et des environnements qui réduisent les explosions plutôt que d’attendre qu’elles arrivent.

Parce qu’au fond, beaucoup de violences ordinaires sont aussi des gestes de saturation. Pas excusables. Mais explicables. Et c’est justement ce qui oblige à penser l’accompagnement parental autrement qu’en mode injonction.

Ce que ce baromètre raconte aussi 

Ce baromètre ne parle pas seulement de fessées ou de cris. Il raconte aussi une société où l’on demande aux parents d’être calmes, disponibles, patients, cohérents, régulés, inspirants, pédagogues… souvent sans soutien suffisant.

Et dans cette équation, il y a un angle mort immense : on continue à individualiser des dérapages qui ont aussi une dimension collective.

Moins de violences éducatives ordinaires, cela suppose bien sûr davantage d’information. Mais aussi davantage de soutien, de relais, de solutions concrètes, et une vraie réflexion sur la manière dont notre culture valorise encore l’obéissance rapide au détriment du lien.

FAQ : violences éducatives ordinaires

Qu’appelle-t-on violences éducatives ordinaires ?

Les violences éducatives ordinaires désignent les violences physiques, verbales ou psychologiques exercées sur un enfant dans une intention éducative. Elles peuvent prendre la forme de cris, menaces, humiliations, tapes, fessées ou autres punitions corporelles.

La fessée est-elle interdite en France ?

Oui. Depuis la loi du 10 juillet 2019, l’autorité parentale doit s’exercer sans violences physiques ni psychologiques. La fessée fait donc partie des pratiques désormais désavouées par le droit français.

La loi de 2019 a-t-elle créé une infraction spécifique ?

Non. La loi n’a pas créé une infraction autonome de “violence éducative ordinaire”, mais elle a inscrit dans le Code civil un principe très clair : l’éducation d’un enfant ne peut pas passer par des violences physiques ou psychologiques.

Qu’a dit la Cour de cassation en 2026 ?

La Cour de cassation a rappelé qu’il n’existe aucun droit de correction parentale en droit français. Un parent ne peut donc pas invoquer une finalité éducative pour justifier des violences commises sur son enfant.

Pourquoi ces pratiques existent-elles encore ?

Parce qu’elles sont encore culturellement banalisées, parfois transmises de génération en génération, et souvent aggravées par la fatigue, la surcharge mentale, le stress et le manque de soutien parental.

Comment réduire les violences éducatives ordinaires au quotidien ?

En travaillant à la fois sur les repères éducatifs, les routines, la prévention des débordements, la compréhension du développement de l’enfant et le soutien concret aux parents. Le changement ne repose pas seulement sur la culpabilité, mais sur des alternatives réalistes.

 

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