Quand on m'a conseillé La Chambre des merveilles de Julien Sandrel., j'ai lu la quatrième de couverture.
On y comprend immédiatement que cela va parler d'un enfant.
Qu'il va lui arriver quelque chose.
Et une petite voix nous souffle :
"Je ne suis pas sûre d'avoir envie de lire ça."
Et pourtant.
Quelques pages plus tard, j'étais incapable de le refermer.
Parce que ce roman accomplit quelque chose de rare : il aborde l'une des plus grandes peurs parentales sans jamais sombrer dans le désespoir.
L'histoire d'une mère qui découvre son fils
Louis a douze ans.
Après un accident, il tombe dans le coma.
Sa mère, Thelma, se retrouve soudain face à cette réalité que tous les parents redoutent : l'impuissance.
Que faire quand on ne peut plus protéger son enfant ?
Que faire quand on ne peut plus réparer ?
En entrant dans sa chambre, elle découvre un carnet dans lequel Louis a dressé une liste de rêves, d'envies et d'expériences qu'il aimerait vivre.
Alors elle prend une décision folle.
Puisqu'il ne peut pas les réaliser lui-même, elle va les vivre à sa place.
Les photographier.
Les raconter.
Et lui rapporter chaque aventure.
Au cas où il l'entendrait.
Au cas où cela lui donnerait une raison de revenir.
Un sujet douloureux traité avec intelligence
Sur le papier, La Chambre des merveilles pourrait être un roman écrasant.
Le sujet l'est.
Un enfant dans le coma.
Une mère terrifiée.
L'attente.
L'incertitude.
La culpabilité.
Et pourtant, Julien Sandrel refuse systématiquement la lourdeur.
Il ne nie jamais la douleur.
Mais il choisit de raconter autre chose.
Il raconte la vie qui continue malgré tout.
Les rencontres inattendues.
Les moments absurdes.
Les éclats de rire qui surgissent même lorsque tout semble perdu.
Comme si le livre nous rappelait que la lumière ne disparaît jamais complètement.
Même dans les périodes les plus sombres.
Un roman à l'image de sa couverture
Je repense souvent à la couverture du livre.
Ses couleurs.
Son énergie.
Sa luminosité.
Parce qu'elle résume parfaitement ce que l'on ressent à la lecture.
Oui, le sujet est difficile.
Mais le roman est lumineux.
Il y a quelque chose de profondément coloré dans cette histoire.
Quelque chose qui parle de mouvement, de curiosité, d'espoir.
Comme si chaque page refusait de se laisser enfermer dans la tristesse.
C'est peut-être cela qui explique son succès.
On ne ressort pas du livre accablé.
On en ressort touché.
Et étonnamment vivant.
Ce que le livre dit de la parentalité
Sous son intrigue principale, La Chambre des merveilles raconte aussi une vérité que beaucoup de parents reconnaîtront.
Nous passons souvent des années à gérer :
-
les devoirs ;
-
les horaires ;
-
les repas ;
-
les activités ;
-
les obligations.
À vouloir bien faire.
À vouloir protéger.
À vouloir anticiper.
Et parfois, sans nous en rendre compte, nous oublions simplement de regarder qui est vraiment notre enfant.
Thelma réalise progressivement qu'elle connaissait moins bien Louis qu'elle ne le pensait.
Et cette découverte devient l'un des fils conducteurs les plus émouvants du roman.
Une histoire qui parle aussi des rêves
La liste de Louis agit comme un rappel.
Un rappel que les rêves n'ont pas besoin d'être extraordinaires pour être importants.
Certains sont immenses.
D'autres minuscules.
Mais ils racontent toujours quelque chose de nous.
À travers les aventures de Thelma, le lecteur est invité à se poser une question étonnamment simple :
"Et moi, qu'y a-t-il sur ma propre liste ?"
Pourquoi ce roman touche autant
Parce qu'il ne parle pas seulement d'un accident.
Il parle du temps.
De la relation entre un parent et son enfant.
Des occasions manquées.
Des choses que l'on croit pouvoir remettre à demain.
Il parle aussi de cette vérité inconfortable :
nous ne savons jamais combien de temps nous avons.
Et c'est précisément pour cela qu'il faut parfois vivre maintenant.
Faut-il lire La Chambre des merveilles ?
Oui.
Même si vous avez peur du sujet.
Même si vous êtes parent et que l'idée d'un enfant hospitalisé vous serre déjà la gorge.
Parce que ce livre ne raconte pas uniquement une tragédie.
Il raconte aussi la capacité humaine à continuer d'aimer, d'espérer et de rire lorsque tout vacille.
C'est un roman sur la peur.
Mais c'est surtout un roman sur la vie.
Et c'est probablement pour cela qu'il laisse derrière lui cette étrange sensation :
celle d'avoir pleuré un peu, souri beaucoup, et refermé le livre avec l'envie de serrer ses proches un peu plus fort.
Pourquoi les histoires lumineuses nous aident face aux sujets difficiles
Les chercheurs en psychologie parlent parfois de "résilience narrative".
Lorsque nous lisons une histoire qui traverse une épreuve tout en conservant de l'espoir, notre cerveau ne se contente pas d'observer les événements.
Il s'entraîne.
Les récits qui mêlent douleur et espoir activent à la fois nos capacités d'empathie et notre aptitude à imaginer des issues positives.
Autrement dit, les histoires comme La Chambre des merveilles ne nous aident pas parce qu'elles évitent la souffrance.
Elles nous aident parce qu'elles nous montrent qu'il est possible de traverser la souffrance sans perdre totalement la lumière.