En matière entrepreneuriale, l’un des pièges les plus fréquents n’est pas le manque d’idées, de compétences ou de vision. C’est l’attente. Attendre d’avoir la solution parfaite, le produit irréprochable, le business model sans faille. Or, dans de nombreux cas, cette attente n’est pas stratégique : elle est neuro-cognitive.
Le faux confort de la perfection
Beaucoup d’entrepreneurs; en particulier les profils très analytiques; pensent qu’ils se protègent du risque en retardant le lancement. En réalité, ils déplacent le risque dans le temps… tout en bloquant l’apprentissage.
Se lancer à moindre coût, avec une version imparfaite mais fonctionnelle, permet souvent :
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de tester la réalité plutôt que de la simuler,
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de réduire l’incertitude par le feedback réel,
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et d’entrer plus vite dans une dynamique d’amélioration continue.
Le rôle du Default Mode Network (DMN) : quand le cerveau freine l’action
Le Default Mode Network (DMN) est un réseau cérébral actif lorsque nous ne sommes pas focalisés sur une tâche immédiate. Il est impliqué dans :
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la projection dans le futur,
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la simulation mentale,
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l’anticipation des scénarios possibles.
Chez les entrepreneurs très analytiques, ce réseau peut devenir suractif.
Sur-analyse et inhibition de l’action
De nombreuses études montrent que :
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la rumination,
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l’anticipation excessive des risques,
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le perfectionnisme cognitif
sont fortement associés à :
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l’anxiété,
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la procrastination,
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l’évitement de l’action.
Bishop et al., 2004 ; Nolen-Hoeksema, 2008
Plus on simule mentalement, plus on multiplie les scénarios négatifs potentiels… et plus l’action est retardée.
Un cerveau très performant peut paradoxalement freiner davantage
Le cortex préfrontal, particulièrement développé chez les profils analytiques, joue un rôle clé dans :
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l’évaluation des conséquences,
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le contrôle inhibiteur,
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la gestion du risque.
Selon les travaux de Miller & Cohen (2001), lorsque le risque perçu dépasse un certain seuil, ce cortex inhibe l’action.
Autrement dit, un cerveau très “performant” sur le plan cognitif peut devenir un excellent… frein.
Ce n’est pas un manque de capacité. C’est un excès de simulation mentale.
Pourquoi l’itération bat la planification parfaite
À l’inverse, les personnes orientées vers l’action fonctionnent différemment :
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moins d’anticipation abstraite,
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plus de confrontation au réel,
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plus de feedback rapide.
La psychologie cognitive montre que :
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l’apprentissage expérientiel,
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l’essai-erreur,
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l’exposition directe
permettent des ajustements comportementaux plus rapides et plus efficaces que la planification purement théorique.
Experiential Learning
L’action produit des données. La réflexion seule produit des hypothèses.
L’innovation naît rarement de la version parfaite
Dans les faits, beaucoup d’innovations :
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n’étaient pas optimales au départ,
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étaient incomplètes, parfois maladroites,
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mais suffisamment réelles pour être testées.
La technique itérative "lancer petit, observer, ajuster" permet :
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de réduire le coût de l’erreur,
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de transformer l’erreur en information,
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et de sortir plus vite du blocage cognitif.
Que retenir?
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Attendre la perfection est souvent un mécanisme de protection mentale, pas une stratégie.
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Le DMN et le cortex préfrontal peuvent surévaluer le risque et inhiber l’action.
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Les profils analytiques ne sont pas bloqués par manque de capacité, mais par excès de simulation.
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L’action, même imparfaite, génère du feedback réel, accélérant l’apprentissage et l’innovation.
En entrepreneuriat, il vaut souvent mieux se lancer à moindre coût, apprendre vite, et corriger en chemin… plutôt que de rester immobile à chercher une perfection qui n’existe que dans la tête.