Tricot, addictions et compulsions : ce que dit la psychologue Mia Hobbs

Tricot, addictions et compulsions : ce que dit la psychologue Mia Hobbs

On a longtemps rangé le tricot dans la catégorie des loisirs calmes, presque décoratifs. Une activité douce, répétitive, un peu nostalgique. Pourtant, un sujet revient de plus en plus dans les médias et dans les réflexions autour de la santé mentale : et si le tricot pouvait aussi aider à freiner certaines addictions et compulsions ?

À la faveur d’un article de la BBC consacré aux travaux de la psychologue clinicienne Mia Hobbs, une idée s’impose avec plus de sérieux qu’il n’y paraît : les activités manuelles, et en particulier le tricot, pourraient jouer un rôle concret dans l’apaisement du cerveau, la gestion des pensées répétitives et le remplacement de certains gestes automatiques.

Attention toutefois : il ne s’agit pas de dire que le tricot guérit les addictions. En revanche, il peut devenir un outil d’appoint précieux, un geste de substitution, une manière d’occuper les mains, d’ancrer l’attention et de retrouver une forme de régulation émotionnelle. Et, dans un quotidien où l’on lutte tous contre des automatismes peu désirables, cela mérite qu’on s’y attarde.

Sommaire

Qui est Mia Hobbs et pourquoi parle-t-on d’elle ?

Mia Hobbs est une psychologue clinicienne qui s’intéresse aux effets thérapeutiques du tricot et des activités créatives sur le cerveau, l’attention et la régulation émotionnelle. Son travail a récemment été remis en lumière par un article de la BBC qui pose une question intrigante : le tricot pourrait-il aider à limiter certaines addictions ou compulsions ?

L’idée n’est pas absurde. Beaucoup de comportements compulsifs reposent sur un schéma simple : une tension monte, un geste automatique se met en place, un soulagement momentané suit. Or le tricot propose une autre boucle : tension, mouvement répétitif, concentration, apaisement, satisfaction.

Dit autrement, le tricot ne sert pas seulement à produire une écharpe ou un bonnet. Il peut aussi devenir un support de recentrage, particulièrement utile pour les personnes qui ont besoin de remplacer un automatisme nerveux par un geste plus régulateur.

Ce qu’il faut retenir tout de suite

Non, le tricot n’est pas un traitement miracle contre l’addiction.

Oui, il peut en revanche aider à :

  • occuper les mains quand un geste compulsif menace de revenir ;
  • réduire la sensation de stress ou de surcharge mentale ;
  • rediriger l’attention vers une tâche concrète ;
  • installer une routine plus apaisante ;
  • remplacer certains automatismes par un geste choisi.

C’est toute la différence entre une solution unique et un outil d’appui intelligent.

Pourquoi le tricot peut agir sur les compulsions

Le tricot a quelque chose de très particulier : il mobilise les mains, tout en laissant juste assez de place à l’esprit pour se poser. Ce n’est pas une activité passive, mais ce n’est pas non plus une tâche mentale écrasante. C’est précisément cet équilibre qui semble intéressant dans le cadre de certains comportements compulsifs.

1. Il occupe les mains

Beaucoup de gestes automatiques passent par les mains : se ronger les ongles, manipuler sa peau, attraper son téléphone, fumer, grignoter sans faim, toucher ses cheveux. Le tricot introduit une contrainte douce mais réelle : les mains sont déjà prises.

2. Il canalise l’attention sans l’épuiser

Quand le cerveau tourne en boucle, il a besoin d’un point d’appui. Le tricot demande juste ce qu’il faut de concentration pour empêcher l’esprit de dériver totalement, sans pour autant générer une nouvelle charge mentale. C’est une activité qui ancre.

3. Il apaise le système nerveux

Le rythme, la répétition, la texture de la laine, la progression visible : tout cela peut participer à une forme d’apaisement. Beaucoup de personnes décrivent le tricot comme un geste presque méditatif, mais plus accessible qu’une injonction abstraite à “faire le vide”.

4. Il remplace un automatisme par un autre

C’est sans doute le point le plus intéressant. Certaines compulsions fonctionnent comme une réponse réflexe à l’ennui, à l’anxiété, à la frustration ou au stress. Le tricot propose une autre réponse : un geste répétitif, mais non destructeur, structurant, et souvent gratifiant.

5. Il offre une récompense visible

Une maille, puis une autre. Un rang qui avance. Un ouvrage qui prend forme. Pour un cerveau habitué aux récompenses immédiates, cette progression tangible peut être très puissante. Elle redonne un sentiment de maîtrise, de continuité, parfois même de fierté.

Addictions, compulsions, gestes automatiques : de quoi parle-t-on ?

Il faut être précis. On ne parle pas ici de la même chose selon qu’il s’agit de tabac, de grignotage compulsif, de scroll infini, de rongement d’ongles, de skin picking ou d’autres comportements répétitifs centrés sur le corps.

Ces problématiques n’ont pas toutes la même intensité ni les mêmes conséquences, mais elles partagent souvent un socle commun : une montée de tension, un comportement automatique, puis un soulagement temporaire. Le cerveau apprend vite ces boucles.

Dans ce contexte, le tricot peut être envisagé comme une stratégie de substitution. Il ne supprime pas magiquement la cause profonde du comportement, mais il peut aider à interrompre le geste, à gagner du temps, à retrouver du choix. Et parfois, c’est déjà énorme.

Le tricot face au biais de genre

Le tricot n’a pas seulement souffert d’un manque de reconnaissance scientifique. Il a aussi longtemps pâti d’un biais de genre très clair. Parce qu’il a été associé à une activité féminine, domestique, discrète, il a souvent été regardé avec moins de sérieux que d’autres pratiques pourtant décrites avec des mots beaucoup plus savants.

Dans l'article de la BBC, on retrouve Betsan Corkhill, coach en bien-être et physiothérapeute diplômée, co-autrice d’une étude sur les bienfaits thérapeutiques du tricot, raconte d’ailleurs que les scientifiques et les cliniciens se montrent volontiers enthousiastes lorsqu’elle évoque une « intervention psychosociale bilatérale et rythmique ». Mais dès qu’elle prononce le mot « tricot », l’intérêt retombe. Comme si le fait de nommer simplement une pratique traditionnellement féminine suffisait à la rendre moins crédible.

Mia Hobbs, psychologue clinicienne à Londres, avance une explication limpide : le tricot a longtemps été perçu comme une activité réservée aux femmes, et c’est précisément ce qui a contribué à sa sous-évaluation. En d’autres termes, ce n’est pas seulement le geste qui a été minimisé, mais tout l’univers symbolique dans lequel on l’a enfermé.

Et c’est peut-être là l’un des points les plus intéressants de ce sujet : il rappelle que certaines pratiques ne sont pas jugées sur leurs effets réels, mais sur l’image sociale qu’on leur colle. Or lorsqu’une activité apaise, structure l’attention, réduit le stress et aide à canaliser certains automatismes, la vraie question n’est pas de savoir si elle paraît moderne ou prestigieuse. La vraie question, c’est : est-ce qu’elle aide ?

Ce que dit la recherche sur le tricot et la régulation émotionnelle

La recherche sur le sujet reste encore en construction, mais plusieurs travaux vont dans le même sens : les activités textiles et les activités manuelles répétitives semblent pouvoir soutenir l’apaisement, la concentration et la régulation émotionnelle.

Le tricot revient souvent dans les témoignages et les études qualitatives comme une activité qui aide à :

  • réduire le stress ressenti ;
  • mieux supporter les pensées envahissantes ;
  • structurer le temps ;
  • introduire un geste de remplacement ;
  • retrouver une sensation d’accomplissement ;
  • créer une bulle sans écran.

C’est précisément ce qui rend le sujet si intéressant : le tricot agit à la fois sur le corps, l’attention, le rythme et l’émotion. Et dans un quotidien saturé de sollicitations, ce type d’activité redevient étonnamment moderne.

Pourquoi les activités manuelles reviennent en force dans les discussions sur le cerveau

Depuis quelques années, on redécouvre le rôle des activités manuelles dans le bien-être cognitif. Non pas parce qu’elles seraient “mignonnes” ou rétro, mais parce qu’elles répondent à des besoins profonds : ralentir, répéter, sentir, construire, tolérer l’imperfection, recommencer.

Le tricot coche toutes ces cases. Il est à la fois sensoriel, progressif et accessible. Il nous oblige à composer avec une vérité que notre époque supporte de moins en moins : tout ne va pas vite, et tout ne se corrige pas d’un clic.

Dans cette perspective, tricoter devient presque un geste de résistance contre la dispersion permanente, la gratification immédiate et les automatismes qui finissent par gouverner nos journées.

Pourquoi ce sujet parle aussi aux parents

Ce sujet résonne particulièrement avec la vie de parent. Parce qu’on connaît bien ces gestes de trop-plein : attraper son téléphone dès qu’on a trois secondes de vide, manger debout dans la cuisine, se ronger les ongles en pensant à tout ce qu’il reste à faire, scroller le soir au lieu de vraiment souffler.

Dans ce contexte, le tricot peut offrir une alternative douce. Pas pour devenir une “bonne version de soi”, ni pour transformer chaque minute libre en objectif de développement personnel. Mais pour retrouver un espace de respiration, un geste plus choisi, moins subi.

Et il y a quelque chose de profondément intéressant dans cette idée : face à la surcharge mentale, la solution n’est pas toujours d’ajouter une méthode. Parfois, c’est simplement de remettre les mains au travail autrement.

Le tricot, une activité sans écran qui change vraiment le rythme

Sur MintyWendy, on parle souvent des activités sans écran pour les enfants. Mais la vérité, c’est que les adultes en ont tout autant besoin. Le tricot fait partie de ces pratiques qui réintroduisent du temps long, de la patience, de la répétition et du calme.

Ce n’est pas seulement une activité créative. C’est aussi une manière de sortir du mode “réaction permanente”. Et cela explique sans doute pourquoi il intéresse autant les psychologues, les thérapeutes et les personnes qui cherchent à ralentir certaines boucles compulsives.

Ce qu’il ne faut surtout pas promettre

Il est important de rester juste. Le tricot ne remplace pas un accompagnement médical, psychologique ou addictologique lorsque la souffrance est importante ou que l’addiction est installée. Il ne convient pas forcément à tout le monde, et il ne résout pas à lui seul les causes profondes d’un comportement compulsif.

En revanche, on peut tout à fait le présenter comme :

  • un outil d’appoint ;
  • un geste de substitution ;
  • une activité de régulation ;
  • une pratique sans écran qui apaise ;
  • une manière de retrouver une sensation de maîtrise.

Et c’est déjà beaucoup. Parce qu’entre la promesse miracle et le scepticisme total, il existe un espace beaucoup plus intéressant : celui des outils concrets qui aident un peu, parfois vraiment.

En réalité, le tricot nous raconte quelque chose de plus grand

Ce que ce sujet met en lumière, ce n’est pas seulement le tricot. C’est notre besoin collectif de retrouver des gestes capables de calmer le cerveau sans l’éteindre. Des gestes simples, répétitifs, incarnés. Des gestes qui nous sortent du tout-numérique, du tout-rapide, du tout-immédiat.

Une maille au lieu d’une pulsion. Un rang au lieu d’un automatisme. Un geste choisi au lieu d’un geste subi. Dit comme cela, oui, le tricot paraît soudain beaucoup moins anodin.

À lire aussi sur MintyWendy

FAQ : tricot, compulsions et santé mentale

Le tricot peut-il vraiment aider à réduire certaines compulsions ?

Le tricot peut aider à freiner certains gestes automatiques en occupant les mains, en mobilisant l’attention et en installant une routine plus apaisante. Il peut être utile comme outil de substitution, mais il ne remplace pas un suivi médical ou psychologique si nécessaire.

Le tricot peut-il arrêter une addiction ?

Non, il serait excessif de dire que le tricot “arrête” une addiction à lui seul. En revanche, il peut constituer un soutien concret dans une stratégie plus large de régulation, de remplacement du geste ou de diminution du stress.

Pourquoi le tricot apaise-t-il le cerveau ?

Le tricot combine plusieurs effets intéressants : répétition, attention focalisée, occupation des mains, stimulation sensorielle et satisfaction de voir un projet avancer. Tout cela peut contribuer à un état plus calme.

Le tricot est-il bon pour la santé mentale ?

Beaucoup de personnes décrivent le tricot comme une activité bénéfique pour la santé mentale, notamment parce qu’il aide à ralentir, à se recentrer et à sortir des écrans. Il peut soutenir le bien-être émotionnel, sans se substituer à un accompagnement thérapeutique lorsque celui-ci est nécessaire.

Quelles autres activités manuelles peuvent avoir un effet similaire ?

D’autres activités peuvent jouer un rôle comparable, comme la couture, le crochet, le coloriage, la broderie, l’argile ou certaines formes de bricolage. L’essentiel est de trouver une activité répétitive, concrète, engageante et apaisante.

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