« J’m’ennuie… »
Trois mots capables de mettre un parent en alerte maximale.
Très vite, une idée s’impose : il faut faire quelque chose. Trouver une activité, proposer un jeu, organiser une sortie, allumer un écran. Comme si l’ennui était un problème à résoudre. Comme s’il fallait absolument le faire disparaître.
ON SE CALME! On se détend les parents!
L’ennui : ce moment que l’on redoute… mais dont l’enfant a besoin
L’ennui n’est ni un caprice, ni un signe de paresse, ni un vide inquiétant.
C’est un état intérieur normal, une expérience psychique que l’enfant traverse par moments.
Quand il s’ennuie, l’enfant ne manque pas d’idées :
il est simplement en pause d’élan, dans un temps suspendu, sans direction immédiate. Il attend… sans toujours savoir quoi.
Et c’est précisément là que quelque chose d’essentiel se joue.
Pourquoi l’ennui met-il les parents aussi mal à l’aise ?
Soyons honnêtes : l’ennui dérange souvent plus l’adulte que l’enfant.
Parce qu’il renvoie à :
-
notre propre peur du vide
-
l’idée qu’un enfant doit être heureux, occupé, stimulé
-
une société qui valorise l’action permanente
-
l’illusion qu’un bon parent est un parent qui “fait”
Face à l’ennui, beaucoup de parents ressentent une urgence : combler.
Mais cette urgence ne vient pas toujours de l’enfant.
Le faux remède : l’enfant surstimulé
Activités extrascolaires, loisirs en cascade, écrans, emplois du temps remplis…
À force de vouloir éviter l’ennui, on finit parfois par empêcher l’enfant de respirer mentalement.
Or, l’enfant est déjà très sollicité et a finalement peu de temps pour penser librement, rêver, laisser son esprit vagabonder.
L’hyperactivité n’est pas toujours un signe d’épanouissement.
Elle peut aussi être une fuite, une défense contre le vide (qui se transforme en procrastination active chez l'adulte?)
Ce que l’ennui permet vraiment à l’enfant
Quand on cesse de vouloir remplir chaque instant, l’ennui devient un terrain fertile.
L’enfant qui s’ennuie apprend à :
-
se reconnecter à lui-même
-
écouter ses sensations, ses émotions
-
activer sa pensée
-
observer le monde autrement
-
développer son imaginaire
-
inventer, créer, détourner
-
jouer seul sans dépendre d’un adulte
-
renforcer son attention et sa concentration
Autrement dit, il construit son autonomie intérieure.
Et ça, aucun planning ne peut le faire à sa place.
« Il ne fait rien »… vraiment ?
Un enfant qui regarde par la fenêtre, qui traîne, qui semble absent, n’est pas inactif.
Il est psychiquement très actif.
Il digère, il associe, il imagine, il rejoue intérieurement ce qu’il vit.
L’ennui est souvent le point de départ d’une idée, d’un jeu, d’une création… à condition qu’on lui laisse le temps.
L’ennui aujourd’hui, la ressource de demain
Un enfant qui apprend à traverser l’ennui sans panique devient un adolescent — puis un adulte — capable de :
-
être seul sans se sentir vide
-
ne pas dépendre uniquement des stimulations extérieures
-
faire face aux temps creux de la vie
-
créer du sens par lui-même
Dans un monde saturé de sollicitations, c’est une compétence précieuse.
Le rôle du parent : accompagner sans remplir
Accompagner l’ennui, ce n’est pas abandonner l’enfant.
C’est lui faire confiance.
Cela peut passer par :
-
accueillir la phrase « je m’ennuie » sans chercher à la faire taire
-
ne pas proposer immédiatement une solution
-
accepter le silence, le flottement
-
laisser l’enfant trouver sa propre réponse
L’ennui n’est pas un manque à combler, mais un espace à habiter.
En conclusion : réhabiliter l’ennui
L’ennui n’est pas l’ennemi du bien-être de l’enfant.
Il en est l’un des piliers discrets.
En laissant une place à l’ennui, on offre à l’enfant :
-
du temps pour lui
-
de la liberté intérieure
-
les bases de sa créativité
-
et une relation plus sereine à lui-même
Un cadeau invisible, mais durable.